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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

qui ne fais que le souhaiter. Ah ! nia fille, ne men ôtez pas, nià vous-même, lespérance ; pour moi, jirai vous voir très-assu-rément avant que vous ne preniez aucune résolution-dessus :ce voyage est nécessaire à ma vie. Je tremble pour votre santé :vous avez été étourdie du bruit de tant de canons et du hou desgalériens ; vous y avez reçu des honneurs comme la reine, etmoi, plus que je ne vaux : je nai jamais vu une telle galante-rie, que de donner mon nom pour le mot de guerre. Je vois bien,ma fille, que vous pensez à moi très-souvent, et que cette ma-man mignonne de M. de Vivonne nest pas de contrebande avecvous. Je crois que Marseille vous aura paru beau ; vous menlaites une peinture extraordinaire, et qui ne déplaît pas : cettenouveauté, à quoi rien ne ressemble, touche ma curiosité; je se-rai fort aise de voir cette sorte denfer. Comment ! des hommesgémir jour et nuit sous la pesanteur de leurs chaînes! Voilà cequon ne voit point ici : on en parle assez ; elles font môme quel-quefois du bruit ; mais il ny a rien deffectif quà Marseille: jaicette image dans la tète.

E di mezzo l'orrorc esce il diletto*

Vous étiez belle, à ce que vous dites, et est donc votregrossesse? Comment saccommode-t-elle avec votre beauté etavec tant de fatigue? Il mest venu de deux endroits que vousaviez un esprit si bon, si juste, si droit et si solide, quon vousa fait seule arbitre des plus grandes affaires." Vous avez accom-modé des différends infinis de M. de Monaco avec un monsieurdont jai oublié le nom : vous avez un sens si net et si fort au-dessus des autres, quon laisse le soin de parler de votre per-sonne pour louer votre esprit : voilà ce quon dit de vous ici. Sivous trouvez quelque prince Alamir, vous avez du fonds de restepour faire le premier tome du roman, sans quon ose en parler.Je nai pas voulu faire ce tort à la Provence, de vous cacher lamanière dont vous y êtes honorée, et dont on y parle de vous.Je voudrais savoir si vous êtes entièrement insensible à tous leshonneurs quon vous fait: pour moi, je vous avoue grossière-ment quils ne me déplairaient pas ; mais je ferais limpossiblepour tâcher de revenir quelque temps me dépouiller de masplendeur ; ce qui vous en reste ici est trop bon pour être né-gligé. Madame des Pennes 1 a été aimable comme un ange ; ma-demoiselle de Scudéri ladorait ; cétait la princesse Cléobuline ;elle avait un prince Trasibule en ce temps- ; cest la plus joliehistoire de Cyrus 2 . Si vous étiez encore à Marseille, je vous prie-rais de bien faire des compliments pour moi à M. le général des

1 Renée de Forbin , sœur de M. de Marseille, depuis cardinal de Janson.? Roman de mademoiselle de Scudéri.