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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉYIGNÊ.

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galères 1 ; mais vous ny êtes plus. Je men irai donc lundi : ilme semble que vous voulez savoir mon équipage, afin de mevoir passer comme jai vu passer M. Busche. Je vais à deux ca-lèches, jai sept chevaux de carrosse, un cheval de bât qui portemon lit, et trois ou quatre hommes à cheval : je serai dans macalèche, tirée par mes deux beaux chevaux; labbé sera quel-quefois avec moi. Dans lautre, mon fils, la Mousse et Hélène;celle-ci aura quatre chevaux, avec un postillon : quelquefois lebréviaire assemblera le second ordre, et laissera place à un cer-tain bréviaire de Corneille, que nous avons envie de dire,-vigné et moi. Voilà de beaux détails : mais on ne les hait pasdes personnes que lon aime.

Je nai garde de dire à notre Océan la préférence que vouslui donnez; il en serait trop glorieux; il nest pas besoin de luidonner plus dorgueil quil nen a. Bien du monde sen va lundicomme moi. Brancas est parti; je ne sais si cela est bien vrai,car il ne ma point dit adieu; il croit peut-être lavoir fait. Ilétait lautre jour debout devant la table de madame de Coulan-ges; je lui dis : Asseyez-vous donc ; ne voulez-vous pas souper?11 se tenait toujours debout. Madame de Coulanges lui dit : As-seyez-vous donc. Parbleu, dit-il, madame de Sanzei se fait bienattendre ; je crois quon ne lui a pas dit quon a servi. Cétaitelle quil attendait, et il y a environ cinq semaines quelle està Autry : cette civilité, faite fort naïvement, nous fit rire.

Sj. A madame de Grignan.

Aux Rochers, dimanche 3 i mai 1671.

Enfin, ma fille, me voici dans ces pauvres rochers : peut-onrevoir ces allées, ces devises, ce petit cabinet, ces livres, cettechambre, sans mourir de tristesse? Il y a des souvenirs agréa-bles, mais il y en a de si vifs et de si tendres, quon a peine à lessupporter : ceux que jai de vous sont de ce nombre. Ne com-prenez-vous point bien leffet que cela peut faire dans un cœurcomme le mien ?

Si vous continuez de vous bien porter, ma chère enfant, jene vous irai voir que lannée qui vient. La Bretagne et la Pro-vence ne sont pas compatibles ; cest une chose étrange que lesgrands voyages : si lon était toujours dans le sentiment quona quand on arrive, on ne sortirait jamais du lieu lon est ;mais la Providence fait quon oublie ; cest la même qui sert auxfemmes qui sont accouchées : Dieu permet cet oubli, afin que lemonde ne finisse pas, et que lon fasse des voyages en Pro-vence. Celui que j-y ferai me donnera la plus grande joie que

M. de Vivonne, frère de madame de Monlespan, ami de Boileau , irès-Jpiriluelet très-yai.