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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

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entre nous, men console un peu par les cliarmes de votre com-merce, et encore plus par la satisfaction que vous me témoignezde votre établissement et de la beauté de votre château : vousm'y représentez un air de grandeur et une magnificence dont jesuis enchantée. Javais vu, il y a longtemps, des relations pa-reilles de la première madame de Grignan *; je ne devinais pasque toutes ces beautés seraient un jour sous lhonneur de voscommandements ; je veux vous remercier davoir bien voulumen parler en détail. Si votre lettre mavait ennuyée, outre quejaurais mauvais goût, il faudrait encore que jeusse bien peudamitié pour vous, et que je fusse bien indifférente pour ce quivous touche. Défaites-vous de cette haine qne vous avez pour lesdétails; je vous lai déjà dit, et vous le pouvez sentir : ils sontaussi chers de ceux que nous aimons, quils nous sont ennuyeuxdes autres ; et cet ennui ne vient jamais que de la profonde indif-férence que nous avons pour ceux qui nous en importunent : sicelte observation est vraie, jugez de ce que me sont vos rela-tions. En vérité, cest un grand plaisir que dêtre, comme vousêtes, une véritable grande dame : je comprends bien les senti-ments de M. de Grignan, en vous voyant admirer son château :une grande insensibilité-dessus le mettrait dans un cha-grin que je mimagine plus aisément quun autre : je prendspart à la joie quil a de vous voir contente ; il y a des cœurs quiont tant de sympathie en certaines choses, quils sentent pareux ce que pensent les autres. Vous me parlez trop peu de Var-des et de ce pauvre Corbinelli : navez-vous pas été bien aise deparler leur langage? Comment va la belle passion de Vardespour la T... a ? Dites-moi sil est bien désolé de la longueur in-finie de son exil, ou si la philosophie et un peu de misanthro-perie soutiennent son cœur contre les coups de lamour et de lafortune. Vos lectures sont bonnes ; Pétrarque vous doit divertiravec le commentaire que vous avez; celui que nous avait faitmademoiselle de Scudéri sur certains sonnets les rendait agréa-bles à lire. Pour Tacite, vous savez comme jen étais charmée icipendant nos lectures, et comme je vous interrompais souventpour vous faire entendre des périodes je trouvais de lhar-monie : mais si vous en demeurez à la moitié, je vous gronde;vous ferez tort à la majesté du sujet; il vous faut dire, commece prélat disait à la reine-mère : Ceci est histoire; vous savez leconte. Je ne vous pardonne ce manque de courage que pour lesromans que vous naimez pas. Nous lisons le Tasse avec plaisir;je my trouve habile, par lhabileté des maîtres que jai eus.

, Angélique-Claire dAngennes.

* On croit quil sagissait de mademoiselle de Toiras, fille du marquis de Toiras,gouverneur de Montpellier.