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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

tort aimable. Je vous trouve fort heureuse davoir madame deSimiane 1 ; vous avez avec elle un fonds de connaissance quivous doit ôter toutes sortes de contraintes ; cest beaucoup : celavous fera une compagnie agréable : puisquelle se souvient demoi, faites-lui bien mes compliments, je vous en conjure, et ànotre cher coadjuteur. Nous ne nous écrivons plus, et nous nesavons pourquoi; nous nous trouvons trop loin; cependant jad-mire la diligence de la poste. La comparaison de Chilly* maravie, et de voir ma chambre déjà marquée : je ne souhaite rientant que de loccuper; ce sera de bonne heure lannée qui vient,et cette espérance me donne une joie dont vous comprendrezune partie par celle que vous aurez de my recevoir.

Je reviens encore à vous, cest-à-dire à cette divine fontaine deVaucluse : quelle beauté ! Pétrarque avait bien raison den par-ler souvent. Mais songez que je verrai toutes ces merveilles :moi, qui honore les antiquités, jen serai ravie, et de toutes lesmagnificences de Grignan. Labbé aura bien des affaires : aprèsles ordres doriques et les titres de votre maison, il ny a rienà souhaiter que lordre que vous y allez mettre ; car, sans unpeu de subsistances, tout est dur, tout est amer. Ceux qui se rui-nent me font pitié : cest la seule affliction dans la vie qui sefasse toujours sentir également, et que le temps augmente au lieude la diminuer. Jai souvent des conversations sur ce sujet avecun de nos petits amis ; sil veut profiter de toutes celles que nousavons faites, il en a pour longtemps, et sur toutes sortes de cha-pitres, et dune manière si peu ennuyeuse, quil ne devrait pasles oublier. Je suis aise que vous ayez cet automne une couplede beaux-frères ; je trouve que votre journée est fort bien ré-glée : on va loin sans mourir dennui, pourvu quon se donnedes occupations et quon ne perde point cou mge. Le beau tempsa remis tous mes ouvriers en campagne, cela me diverlit : quandjai du monde, je travaille à ce beau parement dautel que vousmavez vu traîner à Paris; quand je suis seule, je lis, jécris, jesuis en affaires dans le cabinet de notre abbé; je vous le souhaitequelquefois pour deux ou trois jours seulement.

Je consens au commerce de bel esprit que vous me proposez.Je fis lautre jour une maxime tout de suite sans y penser, et jela trouvai si bonne, que je crus lavoir retenue par cœur de cel-les de M. de La Rochefoucauld : je vous prie de me le dire ; en cecas, il faudrait louer ma mémoire plus que mon jugement. Jedisais, comme si je neusse rien dit, que l 'ingratitude attire lesreproches, comme la reconnaissance attire de nouveaux bienfaits.

» Madeleine Hai-du-Châtelet, femme de Charles-Louis, marquis de Simiane*Elle fut dans la suite belle-mère de Pauline de Grignan.

* Les châteaux de Chilly et de Grignan ont effectivement quelque rapport.