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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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1>E MADAME DE SÊV1GNÉ.

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I)ites-moi donc ce que cest que cela? lai-je lu ? lai-je rêvé ? lai-je imaginé? Rien nest plus vrai que la chose, et rien nest plusvrai aussi que je ne sais je lai prise, et que je lai trouvéetoute rangée dans ma tète, et au bout de ma langue. Pour lasentence de Bella cosa, far niente, vous ne la trouverez plus sifade, quand vous saurez quelle est dite pour votre frère; songezà sa déroute de cet hiver. Adieu, ma très-aimable enfant ; con-servez-vous, soyez belle, habillez-vous, amusez-vous, prome-nez-vous. Je viens décrire à Vivonne 1 pour un capitaine bohè-me, afin quil lui relâche un peu ses fers, pourvu que cela nesoit point contre le service du roi. Il y avait parmi nos Bohèmes,dont je vous parlais lautre jour, une jeune fille qui danse très-bien, et qui me fit extrêmement souvenir de votre danse : je lapris en amitié ; elle me pria décrire en Provence pour son grand-père, qui est à Marseille. Et est-il, votre grand-père ? Il està Marseille; dun ton doux, comme si elle disait : Il est à Vincen-v nés. Cétait un capitaine bohème dun mérite singulier 2 ; de sor-te que je lui promis décrire, et je me suis avisée tout dun coupdécrire à Vivonne : voilà ma lettre ; si vous nétes pas en étatque je puisse rire avec lui, vous la brûlerez; si vous la trouvezmauvaise, vous la brûlerez encore ; si vous êtes assez bien avecce gros crevé, et que ma lettre vous en épargne une autre, vousla ferez cacheter, et vous la lui ferez tenir. Je nai pu refusercette prière au ton de la petite fille, et au menuet le mieuxdansé que jaie vu depuis ceux de mademoiselle de Sévigné;cest votre même air : elle est de votre taille, elle a de bellesdents et de beaux yeux. Voici une lettre dune telle longueur,que je vous pardonne de ne la point achever : je le comprendraiplus aisément que de demeurer au septième tome de Cassandreet de Cléopâtre. Je vous embrasse très-tendrement. M. de Gri-gnan est bien loin de se figurer quon puisse lire des lettres decelte longueur; mais, tout de bon, les lisez-vous en un jour?

58. A madame de Grignan.

Aux Rochers, mercredi i« juillet 1671.

Voilà donc le mois de juin passé; jen suis tout étonnée, j.ene pensais pas quil dût jamais finir. Ne vous souvient-il pasdun certain mois de septembre que vous trouviez qui ne prenaitpoint le chemin de faire jamais place au mois doctobre? Celui-ci prenait le même train; mais je vois bien maintenant que toutUnit : men voilà persuadée.

Cest une aimable demeure que Fouesnel ; nous y fûmes hier,mon fils et moi, dans une calèche à six chevaux : il ny a rien

M. de Vivonne était général des galères,

U était alors forçat des galères.

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