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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

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comme à de la glu : la beauté des sentiments, la violence despassions, la grandeur des évènements et le succès miraculeuxde leurs redoutables épées, tout cela mentraîne comme unepetite fille; jentre dans leurs desseins ; et si je navais M. de LaRochefoucauld et M. dHacqueville pour me consoler, je me pen-drais de trouver encore en moi cette faiblesse.Vous mapparaissezpour me faire honte; mais je me dis de mauvaises raisons, et jecontinue. Jaurai bien de lhonneur au soin que vous me donnezde vous conserver lamitié de labbé! Il vous aime chèrement ;nous parlons très-souvent de vous, de vos affaires et de vosgrandeurs; il voudrait bien ne pas mourir avant que davoirété en Provence, et de vous avoir rendu quelque service. On memande que la pauvre madame de Montlouet est sur le point deperdre lesprit : elle a extravagué jusquà présent sans jeter unelarme; elle a une grosse lièvre et commence à pleurer; elle ditquelle veut être damnée, puisque son mari doit lêtre assuré-ment. Nous continuons notre chapelle; il fait chaud; les soiréeset les matinées sont très-belles dans ces bois et devant cetteporte; mon appartement est frais; jai bien peur que vous nevous accommodiez pas si bien de vos chaleurs de Provence. Jesuis toujours tout à vous, ma très-chère et très-aimable : uneamitié à monsieur de Grignan. Ne vous adore-t-il pas toujours?

Gl. A madame de Grigpan.

Aux Rochers, mercredi «5 juillet 1671.

Si je vous écrivais toutes mes rêveries sur votre sujet, je vousécrirais toujours les plus grandes lettres du monde ; mais celanest pas bien aisé : ainsi je me contente de ce qui peut sécrire,et je rêve tout ce qui peut se rêver : jen ai le temps et le lieu.La Mousse a une petite fluxion sur les dents, et labbé a unepetite fluxion sur le genou, qui me laissent le champ libre dansmon mail, pour y faire tout ce qui me plaît. Il me plaît de mypromener le soir jusquà huit heures : mon fils ny est plus;cela fait un silence, une tranquillité et une solitude que je necrois pas quil soit aisé de rencontrer ailleurs. Je ne vous dispoint à qui je pense, ni avec quelle tendresse : quand on de-vine, il nest pas besoin de parler. Si vous nétiez point grosse,et que Yhippogryphe fût encore au monde, ce serait une chosegalante, et à ne jamais oublier, que davoir la hardiesse demonter dessus pour me venir voir quelquefois : ce ne serait pasune affaire; il parcourait la terre en deux jours ! Vous pourriezmême quelquefois venir dîner ici et retourner souper avec M. deGrignan, ou souper ici à cause de la promenade, je seraisbien aise de vous avoir, et, le lendemain, vous arriveriez asseztôt pour être à la messe dans votre tribune.