LETTRES
UK
au mail, je lui faisais conter Rome, et par quelle aventure elleavait épousé M. de Chaulnes : car je cherche toujours à ne mepoint ennuyer. Pendant que nous étions là, voilà une pluie traî-tresse comme une fois à Livry, qui, sans se faire craindre, semet d’abord à nous noyer, mais noyer à faire couler l’eau departout sur nos habits : les feuilles furent percées dans un mo-ment, et nos habits percés dans un autre moment. Nous voilàtoutes à courir ; on crie, on tombe, on glisse ; enfin on arrive,on fait grand feu : on change de chemise, de jupe; je fournis àtout; on se fait essuyer ses souliers; on pâme de rire. Voilàcomme fut traitée la gouvernante de Bretagne dans son propregouvernement ; après cela on fit une jolie collation, et puis cettepauvre femme s’en retourna, plus fâchée sans doute du rôle en-nuyeux qu’elle allait reprendre, que de l’affront qu’elle avait reçuici. Elle me fit promettre de vous mander cette aventure, et d’al-ler demain lui aider à soutenir le reste des états, qui finirontdans huit jours. Je lui promis l’un et l’autre ; je m’acquitte au-jourd’hui de l’un, et demain je m’acquitterai de l’autre, ne trou-vant pas que je puisse me dispenser de cette complaisance.
Madame de La Fayette vous aura mandé comme M. de La Ro-chefoucauld a fait duc le prince (de Marsillac) son fils, et dequelle façon le roi a donné une nouvelle pension : enfin la ma-nière vaut mieux que la chose, n’est-il pas vrai ? Nous avons quel-quefois ri de ce discours commun à tous les courtisans. Vousavez présentement le prince Adhémar 1 ; dites-lui que j’ai reçu sadernière lettre, et embrassez-le pour moi. Vous avez, à moncompte, cinq ou six Grignans; c’est un bonheur, comme vousdites, qu’ils soient tous aimables et d’une bonne société ; sanscela ils feraient l’ennui de votre vie, au lieu qu’ils en font la dou-ceur et le plaisir. On me mande qu’il y a de la rougeole à Sully,et que ma tante va prendre mes petites entrailles pour les amenerchez elle : cela fâchera bien la nourrice, mais que faire ? C’estune nécessité. C’en sera une bien dure que de demeurer en Pro-vence pour les gages, quand vous verrez partir d’auprès de vousmadame de Senneterre pour Paris : je voudrais bien, ma chèreenfant, que vous eussiez assez d’amitié pour moi pour ne me pasfaire le même tour quand j’irai vous voir l’année qui vient. Jevoudrais qu’entre ici et là vous fissiez l’impossible pour vos af-faires ; c’est çe qui fait que j’y pense, et que je m’en tourmentetant. Il faut donc que je vous ramène chez moi, qui est chezvous.
M. de Chesières est ici ; il a trouvé mes arbres crus ; il en estfort étonné, après les avoir vus pas plus grands que cela, commedisait M. de Montbazon de ses enfants. Je suis fort aise que la
* Le chevalier de Giiynan.