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LETTRES
lent rien du tout, et même qui sont d’un homme qui ne sait pasle monde : cela fait quelque peine ; mais comme ce ne sont quedes mots en passant, il ne faut pas s’en offenser : je regardetout le reste, et le tour qu’il donne à sa critique ; je vous assureque cela est très-joli. Comme je crus que cette bagatelle vousaurait divertie, je vous souhaitai dans votre petit cabinet auprèsde moi, sauf à vous en retourner dans votre beau château,quand vous auriez achevé celte lecture. Je vous avoue pourtantque j’aurais quelque peine à vous laisser partir sitôt; c’est unechose bien dure pour moi que de vous dire adieu; je sais ceque m’a coûté le dernier ; il serait bien de l’humeur où je suisd’en parler, mais je n’y pense encore qu’en tremblant; ainsivous êtes à couvert de ce chapitre. J'espère que cette lettre voustrouvera gaie; si cela est, je vous prie de la brûler tout-à-l’heure; ce serait une chose bien extraordinaire qu’elle fûtagréable avec le chien d’esprit que je me sens. Le coadjuteurest bien heureux que je ne lui fasse pas réponse aujourd’hui.
J’ai envie de vous faire vingt-cinq ou trente questions, pourfinir dignement cet ouvrage. Avez-vous des muscats ? vous neme parlez que des figues; avez-vous bien chaud? vous ne m’endites rien ; avez-vous de ces aimables bêtes que nous avions àParis? avez-vous eu longtemps votre tante d’Harcourt? Vousjugez bien qu’après avoir perdu tant de vos lettres, je suis dansune assez grande ignorance, et que j’ai perdu la suite de votrediscours. Ah ! que je voudrais bien battre quelqu’un! et que jeserais obligée à quelque Breton qui me voudrait faire une sotteproposition qui me mît en colère! Vous me disiez l’autre jourque vous étiez bien aise que je fusse dans ma solitude, et que j’ypenserais à vous : c’est bien rencontré ; c’est que je n’y pensepas assez dans tous les autres lieux. Adieu, ma fille, voici lebel endroit de ma lettre; je finis, parce que je trouve que cecis’extravague un peu : encore a-t-on son honneur à garder.
69. A madame de Grignan.
Aux Rochers, mercredi a 3 septembre 1671.
Nous voilà, ma cher enfant, retombés dans le plus épouvan-table temps qu’on puisse imaginer : il y a quatre jours qu’il faitun orage continuel; toutes nos allées sont noyées, on ne s’ypromène plus. Nos maçons, nos charpentiers gardent la cham-bre; enfin j’en hais ce pays, et je souhaite votre soleil à toutmoment; peut-être que vous souhaitez ma pluie; nous faisonsbien toutes deux.
Nous avons à Vitré ce pauvre petit abbé de Montigny, évêquede Léon, qui part aujourd’hui, comme je crois, pour voir unpays beaucoup plus beau que celui-ci. Enfin, après avoir été