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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÊVIGNÉ.

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vous adore, mais je ne puis concevoir quil y ait un degré da-mitié au-delà de la mienne ; vous madoucissez et maugmentezmes ennuis, par les aimables et douces assurances de la vôtre.

84. A madame de Grignan.

A Pari*, vendredi n janvier 1673.

A dix heures du soir.

Enlin, ma fille, cest tout ce que je puis faire que de quitterle petit coucher de mademoiselle dAdhémar pour vous écrire.Si vous ne voulez pas être jalouse, je ne sais que vous dire: cestla plus aimable enfant que jaie jamais vue : elle est vive, elleest gaio, elle a de petits desseins et de petites façons qui plai-sent tout-à-fait. Jai été aujourdhui chez Mademoiselle , qui maenvoyé dire dy aller ; Monsieur y est venu, il ma parlé de vous,il ma assuré que rien ne pouvait tenir votre place au bal ; il madit que votre absence ne devait pas mempêcher d'aller voir sonbal ; cest justement de quoi jai grande envie. Il a été fort ques-tion de la guerre, qui est enfin très-certaine. Nous attendons larésolution de la reine dEspagne 1 ; et, quoi quelle dise, nousvoulons guerroyer : si elle est pour nous, nous fondrons sur lesHollandais ; si elle est contre nous, nous prendrons la Flandre :et quand nous aurons commencé la noise, nous ne lapaiseronspeut-être pas aisément. Cependant nos troupes marchent vers Co-logne. Cest M. de Luxembourg qui doit ouvrir la scène. Il y aquelques mouvements en Allemagne.

Jai fort causé avec M. dUzès: notre abbé lui a parlé de très-bonne grâce du dessein quil a pour labbé de Grignan 8 : ilfaut tenir cette affaire très-secrète ; cest sur la tête-de M. dUzèsquelle roule ; car on ne peut obtenir de Sa Majesté les agrémentsnécessaires que par son moyen. On me dit en rentrant ici quele chevalier de Grignan a la petite vérole chez M. dUzès: ce se-rait un grand malheur pour lui, un grand chagrin pour ceux quilaiment, et un grand embarras pour M. dUzès, qui serait horsdétat dagir dans toutes les choses lon a besoin de lui : voi- qui serait digne de mon malheur ordinaire.

Vousme louez continuellement sur mes lettres, et je nose plusparler des vôtres, de peur que cela nait lair de rendre louangespour louanges; mais encore ne faut-il pas se contraindre jus-quà ne pas dire la vérité : vous avez des pensées et des tira- des incomparables, il ne manque rien à votre style : dHacque-ville et moi, nous étions ravis de lire certains endroits brillants ;

1 Anne-Marie d'Autriche, veuve de Philippe IV, roi d'Espagne, et mère deChartes II.

Labbé de Coulanges cherchait à résigner labbaye de Livry en faveur de labbétic Grignan,