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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

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pria fort bonnement de songer à ce qu'il lui répondait, ajoulantquil souhaitait cette preuve de son amitié; quil y allait de sadisgrâce. Le maréchal lui dit quil voyait bien quil perdait lesbonnes grâces de Sa Majesté et sa fortune ; mais quil sy résol-vait, plutôt que de perdre son estime ; quil ne pouvait obéir âM. de Turenne sans dégrader la dignité il lavait élevé. Leroi lui dit : M. le maréchal, il faut donc se séparer. Le maré-chal lui fit une profonde révérence, et partit. M. de Louvois, quine laime point, lui expédia tout aussitôt un ordre daller àTours : il a été rayé de dessus létat de la maison du roi : il acinquante mille écus de dettes au-delà de son bien; il est abîmé,-mais il est content; et Ton ne doute pas quil naille à la Trappe.Il a offert au roi son équipage, qui était fait aux dépens de SaMajesté, pour en faire ce quil lui plairait : on a pris cela com-me sil eût voulu braver le roi ; jamais rien ne fut si innocent ;tous ses parents, les Villars, et tout ce qui est attaché à lui, estinconsolable. Ne manquez pas décrire à madame de Villars et aupauvre maréchal. Cependant le maréchal dHumières, soutenupar M. de Louvois, navait point paru, et attendait que le maré-chal de Créqui eût répondu ; ce dernier est venu de son arméeen poste répondre lui-même; il arriva avant-hier; il eut uneconversation dune heure avec le roi. Le maréchal de Gramont,qui fut appelé, soutint le droit des maréchaux de France, et fit leroi juge de ceux qui faisaient le plus de cas de cette dignité, ouceux qui, pour en soutenir la grandeur, sexposaient au dangerdêtre mal avec lui; ou celui (M. de Turenne ) qui était honteuxden porter le titre, qui lavait effacé de tous les lieux il pou-vait être, qui tenait le nom de maréchal pour une injure, et quivoulait commander en qualité de prince. Enfin la conclusion futque le maréchal de Créqui est allé à la campagne, dans sa mai-son, planter des choux, aussi bien que le maréchal dHumières.Voilà de quoi on parle uniquement : les uns disent quils ontbien fait, dautres quils ont mal fait; la comtesse (de Fiesque )ségosille, le comte de Guiche prend son fausset; il les faut sé-parer, cest une comédie. Ce qui est vrai, cest que voilà troishommes dune grande importance pour la guerre, et quon aurabien de la peine à remplacer. M. le Prince les regrette fort, pourlintérêt du roi. M. de Sehomberg nest pas plus disposé que lesautres à obéir à M. de Turenne, ayant commandé des armées enchef. Enfin la France, qui est pleine de grands capitaines, nentrouvera pas assez, par la circonstance de ce malheureux con-tre-temps.

M. dAligrea les sceaux; il a quatre-vingts ans: cest un dé-pôt; cest un pape.

Je viens de faire un tour de ville : jai été chez M. de La llo-