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LITTIlliS
de parlie de son bien à un fds qu’il a, et qui, à mon avis, pa-raîtra sous le nom de chevalier d’Orléans’, sans rien coûter àses parents, quoiqu’ils ne soient point gueux. Savez-vous où l’onmit le corps de M. de Longûeville ? Dans le même bateau où ilavait passé tout vivant il y avait deux heures. M. le Prince, quiétait blessé, le fit mettre auprès de lui, couvert d’un manteau,en repassant le Rhin avec plusieurs autres blessés, pour se faire %panser dans une ville en deçà de ce fleuve ; de sorte que ce retourfut la plus triste chose du monde. On dit que le chevalier deMontchevreuil, qui était attaché à M. de Longueville, ne veutpoint qu’on le panse d’une blessure qu’il a reçue auprès de lui V
Mon fils m’a écrit ; il est sensiblement touché de la perte deM. de Longueville. 11 n’était point à cette première expédition,mais il sera d’une autre : peut-on trouver quelque sûreté dansun tel métier? Je vous conseille d’écrire à M. de La Rochefou-cauld sur la mort de son chevalier et sur la blessure de M. deMarsillac. J’ai vu son cœur à découvert dans cette cruelle aven-ture; il est au premier rang de tout ce que j’ai jamais vu de cou-rage, de mérite, de tendresse et de raison : je compte pour rienson esprit et son agrément. Je ne m’amuserai point aujourd’huià vous dire combien je vous aime.
Du même jour à 10 heures du soir.
Il y a deux heures que j’ai fait mon paquet, et en revenant dela ville je trouve la paix faite, selon une lettre qu’on m’a en-voyée. Il est aisé de croire que toute la Hollande est en alarmeet soumise : le bonheur du roi est au-dessus de tout ce qu’on ajamais vu. On va commencer à respirer; mais quel redouble-ment de douleur à madame de Longueville, et à ceux qui ontperdu leurs chers enfants ! J’ai vu le maréchal Duplessis ; il esttrès-allligé, mais en grand capitaine. La maréchale 3 pleure amè-rement , et la comtesse* est fâchée de n’ôtre point duchesse, etpuis c’est tout. Àh ! ma fille, sans l’emportement de M. de Lon-gueville , songez que nous aurions la Hollande sans qu’il nousen eût rien coûté.
104. A madame de Grîgnan.
A Paris, vendredi a 4 juin 167a.
Je suis présentement dans la chambre de ma tante : si vouspouviez la voir en l’état qu’elle est, vous ne douteriez pas que je
1 11 parut sous le nom de chevalier de Longueville, et fut tué pendant le 6ièyede Philisbourj,’, en 1688 , par un soldat qui tirait une bécassine.
a Philippe de Mornny, chevalier de Malte ; il mourut de celte blessure.
3 Colombe Le Charron.
4 Marie-Louise Le loup de Kellcnavc, rtmariée au marquis de Cléretnbault.