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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉVIGNÉ.

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litière, que mes mulets tomberaient dans les fossés, que mesgens seraient mouillés et liors détat de me secourir, quen unmoment jai changé davis, et jai cédé entièrement à ses sagesremontrances. Ainsi, ma fille, colfres quon rapporte, muletsquon dételle, filles et laquais qui se sèchent pour avoir seule-ment traversé la cour, et messager que lon vous envoie, con-naissant vos bontés et vos inquiétudes, et voulant aussi apaiserles miennes, parce que je suis en peine de votre santé, et quecet homme ou reviendra nous en apporter des nouvelles, ou neretrouvera pas les chemins. En un mot, ma chère enfant, il ar-rivera à Grignan jeudi au lieu de moi; et moi, je partirai bienvéritablement quand il plaira au ciel et à M. de Grignan, qui megouverne de bonne foi, et qui comprend toutes les raisons qui mefont souhaiter passionnément dêtre à Grignan. Si M. de La Gardepouvait ignorer tout ceci, jen serais aise, car il va triompherdu plaisir de m'avoir prédit tout lembarras je me trouve :mais quil prenne garde à la vaine gloire qui pourrait accom-pagner le don de prophétie dont il pourrait se flatter. Enfin, mafille, me voilà, ne mattendez plus du tout; je vous surprendrai,et ne me hasarderai point, de peur de vous donner de la peine,et à moi aussi. Adieu, ma très-chère et très-aimable; je vousassure que je suis fort affligée dêtre prisonnière à Lambesc :mais le moyen de deviner des pluies quon na point vues dansce pays depuis un siècle !

109. A madame de Grignan.

A Montélimar , jeudi 5 octobre 1673.

Voici un terrible jour *, ma chère enfant, je vous avoue que jenen puis plus. Je vous ai quittée dans un état qui augmente madouleur. Je songe à tous les pas que vous faites et à tous ceuxque je fais, et combien il s'en faut quen marchant toujours decette sorte nous puissions jamais nous rencontrer. Mon cœur esten repos quand il est auprès de vous; cest son état naturel, etle seul qui peut lui plaire. Ce qui sest passé ce matin me donneune douleur sensible, et me fait un déchirement dont votre phi-losophie sait les raisons; je les ai senties et les sentirai long-temps. Jai le cœur et limagination tout remplis de vous ; je nypuis penser sans pleurer, et jy pense toujours; de sorte que lé-tat je suis nest pas une chose soutenable : comme il est ex-'trême, jespère quii ne durera pas dans cette violence. Je vouscherche toujours, et je trouve que tout me manque, parce quevous me manquez. Mes yeux, qui vous ont tant rencontrée de-

1 Citait le même jour de son de'parl de Grignan pour laris, et de celui de ma-dame de üiiyuun pour Salon ei pour Aix.