Buch 
Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
Entstehung
Seite
237
JPEG-Download
 

1>E MADAME DE SÊVIUNÉ.

237

vie ; vous partîtes pour la Provence, vous êtes encore ; malettre serait longue, si je voulais vous expliquer toutes les amer-tumes que je sentis, et que jai senties depuis en conséquencede cette première. Mais revenons : je nai point reçu de voslettres aujourdhui, je ne sais sil men viendra; je ne le croispas, il est trop tard : jen attendais cependant avec impatience;je voulais apprendre votre départ dAix, afin de pouvoir sup-puter un peu juste votre retour ; tout le monde men assassine,et je ne sais que répondre. Je ne pense quà vous et à votrevoyage : si je reçois de vos lettres, après avoir envoyé celle-ci, soyez en repos; je ferai assurément tout ce que vous memanderez. Je vous écris aujourdhui un peu plus tôt quà lor-dinaire. M. de Corbinelli et mademoiselle de Méri sont ici, quiont dîné avec moi. Je men vais à un petit opéra de Molière,beau-père dItier, qui se chante chez Pelissari ; cest une mu-sique très-parfaite ; M. le Prince, M. le Duc et madame la Du-chesse y seront. Je men irai peut-être de souper chez Gour-ville avec madame de La Fayette, M. le Duc, madame de Thian-ges, M. de Vivonne, à qui lon dit adieu et qui sen va demain.Si cette partie est rompue, jirai chez madame de Chaulnes;jen suis extrêmement priée par la maîtresse du logis et par lescardinaux de Iletz et de Bouillon, qui me lavaient fait pro-mettre : le premier est dans une extrême impatience de vousvoir ; il vous aime chèrement. Voilà une lettre quil menvoie.

On avait cru que mademoiselle de Blois 1 avait la petitevérole, mais cela nest pas. On ne parle point des nouvellesdAngleterre; cela fait juger quelles ne sont pas bonnes. Il nya eu quun bal ou deux à Paris dans tout ce carnaval ; on y a vuquelques masques, mais peu. La tristesse est grande; les as-semblées de Saint-Germain sont des mortifications pour le roi,et seulement pour marquer la cadence du carnaval.

Le père Bourdaloue fit un sermon le jour de Notre-Dame, quitransporta tout le monde; il était dune force à faire tremblerles courtisans, et jamais prédicateur évangélique na prêché sihautement ni si généreusement les vérités chrétiennes : il étaitquestion de faire voir que toute puissance doit être soumise àla loi, à lexemple de Notre-Seigneur, qui fut présenté au tem-ple ; enfin, ma fille, cela fut porté au point de la plus haute per-fection, et certains endroits furent poussés comme les auraitpoussés lapôtre saint Paul.

Larchevêque de Reims 2 revenait hier fort vite de Saint-Ger-main, cétait comme un tourbillon : il croit bien être grand sei-gneur, mais ses gens le croient encore plus que lui. Ils pas-

1 Fille du roi et de madame de La Vallière.

* M. Ijc Tellier, frère de M de Lonvois.