1>E MADAME DE SÊVIUNÉ.
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vie ; vous partîtes pour la Provence, où vous êtes encore ; malettre serait longue, si je voulais vous expliquer toutes les amer-tumes que je sentis, et que j’ai senties depuis en conséquencede cette première. Mais revenons : je n’ai point reçu de voslettres aujourd’hui, je ne sais s’il m’en viendra; je ne le croispas, il est trop tard : j’en attendais cependant avec impatience;je voulais apprendre votre départ d’Aix, afin de pouvoir sup-puter un peu juste votre retour ; tout le monde m’en assassine,et je ne sais que répondre. Je ne pense qu’à vous et à votrevoyage : si je reçois de vos lettres, après avoir envoyé celle-ci, soyez en repos; je ferai assurément tout ce que vous memanderez. Je vous écris aujourd’hui un peu plus tôt qu’à l’or-dinaire. M. de Corbinelli et mademoiselle de Méri sont ici, quiont dîné avec moi. Je m’en vais à un petit opéra de Molière,beau-père d’Itier, qui se chante chez Pelissari ; c’est une mu-sique très-parfaite ; M. le Prince, M. le Duc et madame la Du-chesse y seront. Je m’en irai peut-être de là souper chez Gour-ville avec madame de La Fayette, M. le Duc, madame de Thian-ges, M. de Vivonne, à qui l’on dit adieu et qui s’en va demain.Si cette partie est rompue, j’irai chez madame de Chaulnes;j’en suis extrêmement priée par la maîtresse du logis et par lescardinaux de Iletz et de Bouillon, qui me l’avaient fait pro-mettre : le premier est dans une extrême impatience de vousvoir ; il vous aime chèrement. Voilà une lettre qu’il m’envoie.
On avait cru que mademoiselle de Blois 1 avait la petitevérole, mais cela n’est pas. On ne parle point des nouvellesd’Angleterre; cela fait juger qu’elles ne sont pas bonnes. Il n’ya eu qu’un bal ou deux à Paris dans tout ce carnaval ; on y a vuquelques masques, mais peu. La tristesse est grande; les as-semblées de Saint-Germain sont des mortifications pour le roi,et seulement pour marquer la cadence du carnaval.
Le père Bourdaloue fit un sermon le jour de Notre-Dame, quitransporta tout le monde; il était d’une force à faire tremblerles courtisans, et jamais prédicateur évangélique n’a prêché sihautement ni si généreusement les vérités chrétiennes : il étaitquestion de faire voir que toute puissance doit être soumise àla loi, à l’exemple de Notre-Seigneur, qui fut présenté au tem-ple ; enfin, ma fille, cela fut porté au point de la plus haute per-fection, et certains endroits furent poussés comme les auraitpoussés l’apôtre saint Paul.
L’archevêque de Reims 2 revenait hier fort vite de Saint-Ger-main, c’était comme un tourbillon : il croit bien être grand sei-gneur, mais ses gens le croient encore plus que lui. Ils pas-
1 Fille du roi et de madame de La Vallière.
* M. Ijc Tellier, frère de M de Lonvois.