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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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saient au travers de Nanterre, tra, ira, tra; ils rencontrent unhomme à cheval, gare, gare! ce pauvre homme veut se ranger,son cheval ne veut pas ; et enfin le carrosse et les six chevauxrenversent cul par-dessus tête le pauvre homme et le cheval, etpassent par-dessus, et si bien par-dessus, que le carrosse enfut versé et renversé : en même temps lhomme et le cheval, aulieu de samuser à être roués et estropiés, se relèvent miracu-leusement , remontent lun sur lautre, et senfuient et courentencore, pendant que les laquais de larchevêque et le cocher, etlarchevêque même, se mettent à crier : Arrête, arrête ce co-quin, quon lui donne cent coups! L'archevêque, en racontanceci, disait : Si javais tenu ce rnaraud-, je lui aurais rompules bras et coupé les oreilles.

Je dînai, hier encore, chez Gourville avec madame de Lan-geron, madame de La Fayette, madame de Coulanges, Corbi-nelli, labbé Têtu, Briole et mon lils ; votre santé y fut célébrée,et un jour pris pour vous y donner à dîner. Adieu, ma très-chère et très-aimable ; je ne puis vous dire à quel point je voussouhaite. Je men vais encore adresser cette lettre à Lyon. Jaienvoyé les deux premières au chamarier; il me semble que vousy devez être, ou jamais. Je reçois dans ce moment votre lettredu 28, elle me ravit. Ne craignez point, ma bonne, que ma joiese refroidisse. Je ne suis occupée que de cette joie sensible devous voir, et de vous recevoir, et de vous embrasser avec dessentiments et des manières daimer qui sont dune étoffe au-des-sus du commun, et même de ce que lon estime le plus.

122. A madame de Grignan.

A Livry, ce i** juin 1674.

Il faut, ma bonne, que je sois persuadée de votre fonds poumoi, puisque je vis encore; cest une chose bien étrange que latendresse que jai pour vous; je ne sais si, conlre mon dessein,jen témoigne beaucoup, mais je sais bien que jen cache encoredavantage. Je ne veux point vous dire lémotion et la joie quema données votre laquais et votre lettre. Jai eu le même plai-sir de ne point croire que vous fussiez malade; jai été assezheureuse pour croire ce que cétait. Il y a longtemps que je laidit, quand vous voulez, vous êtes adorable; rien ne manque àce que vous faites. Jécris dans le milieu du jardin comme vouslavez imaginé, et les rossignols et les petits oiseaux ont reçuavec un grand plaisir, mais sans beaucoup de respect, ce queje leur ai dit de votre part ; ils sont situés dune manière qui

1 M. et madame de Grignan arrivèrent à Paris peu de jours après. M. de Gri-gnan retourna en Provence au mois de mai 1674 , et madame de Grignan alla lerejoindre à la fin de mai 1675.