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LETTRES
« vont mal : mais je trouve très-bon ce que vous dites ; car je« sais quel cœur vous avez pour moi. » Cela est très-vrai, et jetrouve que tous les deux firent parfaitement bien leur personnage.
i7i. A madame de Grignan.
A Paris, vendredi a5 septembre 1676, chez madame de Coulanges.
En vérité, ma fille, voici une pauvre petite femme 1 bien ma-lade; c’est le onzième de son mal qui lui prit à Châville en re-venant de Versailles. Madame Le Tellier fut frappée en mêmetemps qu’elle, et revint en diligence à Paris, où elle reçut hierle viatique. Beaujeu (la demoiselle de madame de Coulanges) futfrappée du même trait; elle a toujours suivi sa maîtresse; pasun remède n’a été ordonné dans la chambre, qui ne fait étédans la garde-robe; un lavement, un lavement; une saignée,une saignée ; Notre-Seigneur, Noire-Seigneur ; tous les redou-blements, tous les délires, tout était pareil : mais Dieu veuilleque cette communauté se sépare. On vient de donner l’extrême-onction à Beaujeu, et elle ne passera pas la nuit. Nous crai-gnons demain le redoublement de madame de Coulanges, parceque c’est celui qui figure avec celui qui emporte cette pauvrefille. En vérité, c’est une terrible maladie; mais ayant vu dequelle façon les médecins font saigner rudement une pauvrepersonne, et sachant que je n’ai point de veines; je déclarai hierau premier président de la cour des aides, qui me vint voir, quesi je suis jamais en danger de mourir, je le prierai de m'ame-ner M. Sanguin dès le commencement; j’y suis très-résolue. 11n’y a qu’à voir ces messieurs pour ne vouloir jamais les mettreen possession de son corps : c’est de l’arrière-main qu’ils onttué Beaujeu. J’ai pensé vingt fois à Molière depuis que je voistout ceci. J’espère, cependant, que cette pauvre femme échap-pera, malgré tous leurs mauvais traitements : elle est assez tran-quille, et dans un repos qui lui donnera la force de soutenir leredoublement de cette nuit.
J’ai vu madame de Saint-Géran, elle n’est nullement déconfor-tée *; sa maison sera toujours un réduit cet hiver : M. de Gri-gnan y passera ses soirées amoureusement. Elle s’en va à Ver-sailles comme les autres; je vous assure qu’elle prétend jouirde ses épargnes, et vivre sur sa réputation acquise; de long-temps elle n’aura épuisé ce fonds. Elle vous fait mille amitiés;elle est engraissée, elle est fort bien. Je vous conjure, ma fille,de faire encore mes excuses au grand Roquesante, si je ne luifais pas réponse. Vous me mandez des merveilles de son amitié ;
1 Madame de Coulanges avait été prise de la fièvre à Versailles dix jours aupa«ravant.
1 Du départ de madame de Villars, ambassadrice en Savoie.