DE MADAME DE SÉVIGNÉ.
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revient 1 ; je m’en vais dans deux jours le recevoir à Livry. Lecardinal l’aime autant que nous; le gros abbé m’a montré deslettres plaisantes qu’ils vous écrivent. Enfin, après avoir bientourné, notre ame est verte; c’a été un grand jeu pour son émi-nence qu’un esprit neuf comme celui de notre ami. Adieu, matrès-chère, continuez de m’aimer; instruisez-moi de vous enpeu de mots ; car je vous recommande toujours de retranchervos écritures. Pour moi, je n’ai que votre commerce unique-ment, et j’écris une lettre à plusieurs reprises. Je crois que ma-dame de Coulanges n’ira point à Lyon, elle a trop d’affaires ici.Oh ! que je fais de poudre 5 ! D’où vient que vous avez une sœur 3 ,et que ce n’est pas madame de Rochebonne? Je vous souhaite-rais pour l’une les mômes sentiments que pour l’autre ; mais ilme semble que ce n’est pas tout-à-fait la môme chose.
181. A madame de Grrignan.
A Livry, samedi 3 juillet 1677.
Hélas! ma chère, je suis fâchée de votrepauvre petit enfant 4 !il est impossible que cela ne touche. Ce n’est pas, comme voussavez, que j’aie compté sur sa vie. Je le trouvais, sur la pein-ture qu’on m’en avait faite, sans aucune espérance: mais enlin,c'est une perte pour vous ; en voilà trois. Dieu vous, conserve leseul qui vous reste ! il me paraît déjà un fort honnête homme :j’aimerais mieux son bon sens et sa droite raison, que toute lavivacité de ceux qu’on admire à cet âge, et qui sont des sots àvingt ans. Soyez contente du vôtre, ma fille, et menez-le dou-cement, comme un cheval qui a la bouche délicate, et souvenez-vous de ce que je vous ai dit sur sa timidité : ce conseil vientde gens qui sont plus habiles que moi ; mais l’on sent qu’il estfort bon. Pour Pauline, j’ai une petite chose à vous dire: c’estque, de la façon dont vous me la représentez, elle pourrait fortbien être aussi belle que vous : voilà justement comme vousétiez ; Dieu vous préserve d’une si parfaite ressemblance, et d’uncœur fait comme le mien ! Enlin, je vois que vous l’aimez, qu'elleest aimable, et qu’elle vous divertit. Je voudrais bien pouvoirl’embrasser, et reconnaître ce chien de visage que j’ai vu quelquepart.
Je suis ici depuis hier malin. J’avais dessein d’attendre Cor»binelli au passage, et de le prendre au bout de l’avenue, pourcauser avec lui jusqu’à demain. Nous avons pris toutes les pré-cautions , nous avons envoyé à Claie, et il se trouve qu’il avait
* De Commercy, où il était allé voir le cardiual de Retz.
» Allusion à une fable de la Mouche t envoyée par madame deGrqjuau,
3 La marquise de Saint-Andiol, sœur de M, de Gri(juan.
•* L'enfant né en février 1676, à Luit mois.