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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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passé une demi-heure auparavant. Je vais demain le voir à Pa-ris, et je vous manderai des nouvelles de son voyage; car jenachèverai celte lettre que mercredi. Ah! ma très-chère, que jevous souhaiterais des nuits comme on les a ici ! quel air douxet gracieux! quelle fraîcheur! quelle tranquillité! quel si-lence! Je voudrais pouvoir vous envoyer de tout cela, et quevotre bise fût confondue. Vous me dites que je suis en peinede votre maigreur: je vous lavoue; cest quelle parle et ditvotre mauvaise santé. Voire tempérament, cest dêtre grasse,si ce nest, comme vous dites, que Dieu vous punisse da-voir voulu détruire une si belle santé et une machine si biencomposée : cest une si grande rage que de pareils attentats, queDieu est juste quand il les punit; mais ceux qui en sont affligésont, ce me semble, beaucoup de raison de lêtre. Vous voulezme persuader la dureté de votre cœur, pour me rassurer sur laperte de votre petit; je ne sais, mon enfant, vous prenezcette dureté ; je ne la trouve que pour vous : mais pour moi, etpour tout ce que vous devez aimer, vous nètes que trop sensi-ble ; cest votre plus grand mal, vous en êtes dévorée et consu-mée. Eh ! ma chère, prenez sur nous, et donnez-le au soin devotre personne; comptez-vous pour quelque chose, et nous vousserons obligés de toutes les marques damitié que vous nousdonnerez par ce côté-; vous ne sauriez rien faire pour moiqui me touche le cœur plus sensiblement. Je suis étonnée que lepetit marquis et sa sœur naient point été fâchés du petit frère :cherchons un peu ils auraient pris ce cœur tranquille; cenest pas chez vous assurément.

Vous voyez bien que la longueur de cette lettre vient propre-ment de ce que jabuse de la permission de causer à Livry,je suis seule, et sans aucune affaire. Je devrais bien faire uncompliment à M. de Grignan sur la mort de ce petit; mais quandon songe que cest un ange devant Dieu, le mot de douleur etdaffliction ne se peut prononcer : il faut que des chrétiens seréjouissent, sils ont le moindre principe de la religion qu'ilsprofessent.

182, A madame de Grignan.

A Livry, vendredi 16 juillet 1677.

Jarrivai hier au soir ici, ma très-chère : il y fait parfaitementbeau; jy suis seule, et dans une paix, un silence, un loisir dontje suis ravie. Ne voulez-vous pas bien que je me divertisse à cau-ser un peu avec vous? Songez que je nai nul commerce qua-vec vous ; quand jai écrit en Provence, jai tout écrit. Je necrois pas, en effet, que vous eussiez la cruauté de nommer uncommerce une lettre en huit jours à madame de Lavardin. Leslettres daffaires ne sont ni fréquentes, ni longues. Mais vous,