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LETTRES
Corbinelli me viendra voir ici; il a fort approuvé et admiré ceque vous mandez de cette métaphysique, et de l’esprit que vousavez eu de la comprendre. Il est vrai qu’ils se jetlent dans degrands embarras, aussi bien que sur la prédestination et sur laliberté. Corbinelli tranche plus hardiment que personne; maisles plus sages se tirent d’affaire par un altitudo, ou par imposersilence, comme notre cardinal. Il y a le plus beau galimatliiasque j’aie encore vu au vingt-sixième article du dernier tome desEssais de morale, dans le Traité de tenter Dieu. Cela divertit fort ;et quand d’ailleurs on est soumise, que les mœurs n’en sontpas dérangées, et que ce n’est que pour confondre les faux rai-sonnements, il n’y a pas grand mal ; car s’ils voulaient se taire,nous ne dirions rien; mais de vouloir à toute force établir leursmaximes, nous traduire saint Augustin, de peur que nous ne l’i-gnorions, mettre au jour tout ce qu’il y a de plus sévère, et puisconclure, comme le père Bauni *, de peur de perdre le droit degronder; il est vrai que cela impatiente, et pour moi, je sensque je fais comme Corbinelli. Je veux mourir si je n’aime millefois mieux les jésuites, ils sont au moins tout d’une pièce, uni-formes dans la doctrine et dans la morale. Nos frères disent bienet concluent mal; ils ne sont point sincères; me voilà dansEs-cobar. Ma fille, vous voyez bien que je me joue et que je me di-vertis.
Je voudrais, ma fille, que vous eussiez un précepteur pour vo-tre enfant ; c’est dommage de laisser son esprit inculto. Je ne saiss’il n’est pas encore trop jeune pour le laisser manger de tout;il faut examiner si les enfants sont des charretiers, avant quede les traiter comme des charretiers : on court risque autrementde leur faire de pernicieux estomacs, et cela lire à consé-quence.
185. A madame de Grignan.
A Livry, vendredi a3 juillet 1677.
Le baron est ici, et ne me laisse pas mettre le pied à terre,tant il me mène rapidement dans les lectures que nous entre-prenons : ce n’est qu’après avoir fait honneur à la conversation.Don Quichotte , Lucien, les petites Lettres *, voilà ce qui nousoccupe. Je voudrais de tout mon cœur, ma fille, que, vous eus-siez vu de quel air et de quel ton il s’acquitte de cette dernièrelecture; elles ont un prix tout particulier quand elles passent parses mains ; c’est une chose divine, et pour le sérieux, et pour la
1 Ce père est un des jésuites que Pascal a tournes en ridicule dans ses Lettresprovinciales.
* Les Lettres provinciales.