I.ETTRES
je vous aime : demandez à ceux qui sont auprès de vous. M. lecomte, répondez; M. de La Garde, M. l’abbé, n’est-il pas vraique personne n’écrit comme elle? Je me divertis donc de deuxou trois que j’ai apportées ; vraiment ce que vous dites d’unecertaine femme est digne de l’impression. Au reste, je ne m’endédis point; j’ai vu passer la diligence; je suis plus persuadéeque jamais qu’on ne peut point languir dans une telle voiture ;et pour une rêverie de suite, hélas! il vient un cahot qui vous
culbute, et l’on ne sait plus où l’on en est. A propos, la lt.<
s’est signalée en cruauté et barbarie sur la mort de sa mère s ;c’était elle qui devait pleurer par son seul intérêt; elle est géné-reuse autant que dénaturée ; elle a scandalisé tout le monde;elle causait et lavait ses dents pendant que la pauvre femmerendait l’ame. Je vous entends crier d’ici. Ah ! ma fille ! que vousêles bien dans l’autre extrémité! J’ai médité sur cette mort. Ma-dame de Guénégaud avait fait un grand rôle, la fortune de biendes gens, la joie et le plaisir de bien d’autres ; elle avait eu partà de grandes affaires; elle avait eu la confiance de deux minis-tres {M. de Chavigny, M. Fouquet ), dont elle avait honoré le bongoût. Elle avait un grand esprit, de grandes vues, un grand artde posséder noblement une grande fortune ; elle n’a point su ensupporter la perte : sa déroute avait aigri son esprit ; elle étaitirritée de son malheur; cela se répandait sur tout, et servaitpeut-être de prétexte au refroidissement de ses amis. En celatoute contraire au pauvre M. Fouquet, qui était ivre de sa fa-veur, et qui a soutenu héroïquement sa disgrâce ; cette compa-raison m’a toujours frappée. Voilà les réflexions de Villeneuve-le-Roi ; vous jugez bien qu’on n’en aurait par le loisir, à moinsque d’être paisiblement dans son carrosse. J’y ajoute que lemonde est un peu trop tôt consolé de la perte d’une telle per-sonne, qui avait bien plus de bonnes qualités que de mauvaises.
187. A madame de Grîgnan.
A Gien, vendredi i ef octobre 1677.
J’ai pris votre lettre, ma très-chère, en passant par Briare ;mon ami Roujoux 8 est un homme admirable ; j’espère que j’enpourrai recevoir encore une avant que de partir d’Autri, où nousallons demain diner. Nous avons fait cette après-dtnée un tourque vous auriez bien aimé : nous devions quitter notre bonnecompagnie dès midi, et prendre chacun notre parti, les uns vers
1 Élisabeth-Angélique du Plessis-Guénégaud, veuve de François, comte deBouffi ers.
1 Madame de Guénégaud.
* Le maître de la poste de Lyon.