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LETTRES
tiles injustices, et vous en ferez toujours quand vous oublierezcomme je suis pour vous; mais soyez-en mieux persuadée, etje le serai aussi de la bonté et de la tendresse de votre cœur pourmoi.
Madame de La Fayette vous embrasse, et vous prie de conser-ver l’amitié nouvelle que vous lui avez promise.
199 A madame de Grignan.
A Livry , vendredi aa septembre >679.
Je pense toujours à vous ; et comme j’ai peu de distractions, jeme trouve bien des pensées. Je suis seule ici ; Gorbinelli est àParis : mes matinées seront solitaires. Il me semble toujours, matille, que je ne saurais continuer de vivre sans vous : je me trou-ve peu avancée dans cette carrière; et c’est, pour moi un si grandmal de ne vous avoir plus, que j’en tire cette conséquence, qu’iln’y a rien tel que le bien présent, et qu’il est fort dangereux des’accoutumer à une bonne et uniquement bonne compagnie : laséparation en est étrange; je le sens, ma très-chère, plus quevous n’avez le loisir de ie sentir. Je suis déjà trop vivement tou-chée du désir extrême de vous revoir, et de la tristesse d’une an -née d’absence ; cette vue en gros ne me paraît pas supportable.Je suis tous les matins dans ce jardin que vous connaissez ; jevous cherche partout, et tous les endroits où je vous ai vue mefont mal ; vous voyez bien que les moindres choses de ce qui arapport à vous ont fait impression dans mon pauvre cerveau. Jene vous entretiendrais pas de ces sortes de faiblesses, dont jesuis bien assurée que vous vous moquez, sans que la lettre d’au-jourd’hui est un peu sur la pointe des vents : je ne réponds à rien,et je ne sais point de nouvelles. Vous êtes à Lyon aujourd’hui ;vous serez àGrignan quand vous recevrez ceci. J’attends le récitde la suite de votre voyage depuis Auxerre. J’y trouve des ré-veils à minuit, qui me font aillant de mal qu’à mademoiselle deGrignan : et à quoi bon cetle violence, puisqu’on ne partait qu’àtrois heures? C’était de quoi dormir la grasse matinée. Je trou-ve qu’on dort mal par celte voiture ; et quoique je fusse prête àvous entretenir de tout cela, il me semble que, recevant cettelettre à Grignan, vous ne comprendriez plus ce que je voudraisvous dire en parlant de ce bateau ; c’est ce qui fait que je parle demoi et de vous, ma chère enfant.
Mon fils ne me parle que de vous dans ses lettres, et de lapart qu’il prend à la douleur que j’ai de vous avoir quittée : ila raison, je ne m’accoutumerai de longtemps à cette séparation.Vos lettres aimables font toute ma consolation : je les relissouvent , et voici comme je fais. Je ne me souviens plus de'tout ce qui m’avait paru des marques d’éloignement et d’indif-