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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DF. SfiVIGNÉ.

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férence ; il me semble que cela ne vient point de vous, et jeprends toutes vos tendresses, et dites et écrites, pour le véritablefond de votre coeur pour moi. Êtes-vous contente, ma belle?est-ce le moyen de vous aimer? et pouvez-vous jamais douterde mes sentiments, puisque, de bonne foi, jai cette conduite?

Votre frère me parait avoir tout ce quil veut, bon dîner, bongîte, et le reste. Il a été plusieurs fois député de la noblesse versM. de Chaulnes; cest une petite honnêteté qui se fait aux nou-veaux-venus. Nous aspirerons une autre année à voir desetfetsde cette belle amitié de M. et de madame de Chaulnes. Le roinous a remis huit cent mille francs ; nous en sommes quittespour deux millions deux cent mille livres ; ce nest rien du tout.Adieu, ma très-chère et très-belle. Si lextrémité de lempereur 'et de Don Juan ( dAutriche ) 2 pouvait vous satisfaire, on assurequils nen reviendront pas. Une reine qui porterait une tête enEspagne, trouverait une belle conjoncture pour se faire valoir.On dit quelle pleura excessivement en disant «adieu au roi ; ilsretournèrent deux ou trois fois aux embrassades et au redou-blement des sanglots : cest une horrible chose que les sépa-rations.

200 A madame de Gàrignan.

A Livry, vendredi f» octobre 1679.

Vous avez trouvé le vent contraire ; je nen suis guère surpri-se : vous ôtes destinée à ce malheur, soit sur le Rhône, ou sur laterre. Cest en vérité, ma chère enfant, un grand chagrin enquelque endroit que ce soit, et je comprends fort aisémentlembarras vous avez été. Il y a même du péril, et vous fîtestrès-sagement dhonorer de votre présence le lieu M. de Var-des sest b«aigné , plutôt que de vous opiniâtrer à gagner Va-lence : il faut céder à la furie des vents.

Il est venu ici un père Morel de lOratoire; cest un hommeadmirable : il a amené Saint-Aubin , qui nous est demeuré. Jevoudrais que M. de Grignan eût entendu ce père ; il ne croit pasquon puisse, sans péché, donner à ses plaisirs, quand on a descréanciers : ces dépenses lui paraissent des vols qui nous ôtentle moyen de faire justice. Vraiment cest un homme bien salé ;il ne fait aucune composition. Mais parlons de Pauline (de Gri-gnan) : laimable, la jolie petite créature! hélas! ai-je été jamaissi jolie quelle? on dit que je létais beaucoup. Je suis raviequelle vous fasse souvenir de moi : je sais bien qud nest pasl>esoin de cela ; mais enfin jen ai une joie sensible, vous me la

1 Léopold I e * . empereur, ne mourut que le 5 mai 1705.

a Don Juan d'Autriche, fils naturel de Philippe-IV, roi dEspagne, mourut le 17septembre if>79. ï ,