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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTHES

dépeignez charmante, et je crois précisément tout ce que vousmen dites. Je suis étonnée quelle no soit pas devenue sotte etricaneuse dans ce couvent : ah ! que vous avez bien fait de lenretirer ! Gardez-la, ma fille, ne vous privez pas de ce plaisir :la Providence en aura soin. Ne lui dites-vous pas quelle a unebonne < ? Serait-il bien possible que je trouvasse encore de laplace pour vous aimer et de nouveaux attachements? Je vousconseille de ne point vous défendre de la tendresse quelle vousinspire, quand vous devriez la marier en Béarn. Mesdemoisellesde Grignan ont eu grande raison de trouver le chàleau de leurspères très-beau : mais, mon Dieu, quelles fatigues pour y par-venir ! que de nuits sur la paille, et sans dormir, et sans mangerrien de chaud ! Ma chère fille, vous ne me dites pas commevous vous en portez , et comme cetle poitrine en est échauffée,et comme votre sang en est irrité. Quelle circonstance à notreséparation , que la crainte trop bien fondée que jai pour votresanté! Je crois entendre cette bise qui vous ôte la respiration.Hélas! pouvais-je me plaindre en comparaison de ce que jesouffre, quand je navais que votre absence à supporter? Jecroyais quon ne pouvait pas être pis; on nimagine rien au-delà ; jignorais la peine je suis; je la trouve si dure à sup-porter, que je regarderais comme une tranquillité létat jé-tais alors. Encore si je pouvais me fier à vous, et me consolerdans lespérance que vous aurez soin et pitié de vous et de moi,que vous donnerez du temps à vous reposer, à vous rafraîchir,à prendre ce qui peut apaiser votre sang ! mais je vous vois peuattentive à votre personne, dormant peu, mangeant peu, et cetteécritoire toujours ouverte. Ma fille, si vous maimez, donnez-moi quelque repos, en prenant soin de vous. Ma chère Pauline,ayez soin de votre belle maman. Pour moi, je me porte très-bien.

Il a fait le plus beau temps du monde. Le bon abbé est par-faitement guéri ; son rhume est allô avec sa fièvre : lAnglais estun homme divin. Nous ne pensons point à faire un plus longvoyage que Livry. Il reste une certaine timidité après les gran-des maladies, qui ne permet pas quon séloigne du secours.

Jécrirai à Pellisson pour le frère de Montgoberl, jy ferai com-me pour ma cure. Vous navez quà me donner toutes sortes decommissions : cest le plus aimable amusement que je puisseavoir en votre absence. En voici un que jai trouvé ; cest untome de Montaigne, que je ne croyais pas avoir apporté : ah !laimable homme ! quil est de bonne compagnie ! cest mon an-cien ami ; mais à force dêtre ancien, il mest nouveau. Je nepuis lire quavec les larmes aux yeux ce que dit le maréchal de

1 Une bonne maman , une graml'mcTe.