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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SÉV1ÜNÊ.

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Moutluc du regret quil a de ne sêtre pas communiqué à sontils, et de lui avoir laissé ignorer la tendresse quil avait pourlui. Lisez cet endroit-, je vous prie, et me dites comme vousvous en trouverez ; cest à madame dEstissac, De Vamour despères envers leurs enfants'. Mon Dieu, que ce livre est plein debon sens !

Mon fils triomphe aux élats; il vous fait toujours mille ami-tiés; cest plus dallenlion pour votre santé, plus de crainte quevous ne soyez pas assez forte ; enfin ce pigeon est tout-à-faittendre. Je lui dis aussi vos amitiés ; je suis conciliante, commedit Langlade. Jai une envie extrême de savoir si vous serez bienreposée, et si Guisoni ne vous aura point donné quelques con-seils que vous ayez suivis. On dit que la glace est bien contraireà votre poitrine; vous nêtes plus en état de prendre sur vous,tout y est pris : ce qui reste tient à votre vie. Le bon abbé medisait tantôt que je devrais vous demander Pauline ; quelle medonnerait de la joie, de lamusement, et que jétais plus capableque je nai jamais été de la bien élever ; jai été ravie de ce dis-cours; mettons-le cuire, nous y songerons quelque jour. Il mevient une pensée, que vous ne voudriez pas me la donner, etque vous navez pas assez bonne opinion de moi. Ma tille, cachez-moi cette idée, si vous lavez ; car je sens que cest une injustice,et que vous ne me connaissez pas : je serais délicieusement oc-cupée à conserver toutes les merveilles de cette petite.

Mesdemoiselles deGrignan, ne laimez-vous pas bien? Vousdevriez mécrire, et me conter mille choses, mais naturellement,et sans vous en faire une affaire, et me dire surtout comment seporte votre chère marâtre : cela vous accoutumerait à écrire fa-cilement comme nous. Je voudrais bien que le petit continuât àjouer au mail : quon le fasse plutôt jouer à gauche alternative-ment, que de le désaccoutumer déjouer à droite, et dêtre adroit.Saint-Aubin a trouvé un mail ici, il y joue très-bien. Je lui disdes choses admirables de sa petite Camuson*, et je lui demandeles chemins qui lont conduit de la haine et du mépris que nousavons vus, à lestime et à la tendresse que nous voyons : il estun peu embarrassé ; il mange des pois chauds, comme dit M. deLa Rochefoucauld, quand quelquun ne sait que répondre.

M. de Grignan, je vous observe ; je vous vois venir ; je vousassure que si vous ne me dites rien vous-même de la santé demadame votre femme, après les horribles fatigues de son voyage,je serai bien mal contente de vous. Gela répondrait-il, en effet, à

I

1 Rousseau a pris dans ce chapitre beaucoup de pensées et dexpressions qui fontl'ornement de son Émile.

* Il paraît que M. de Saint-Aubin , oncle de madame de Séviguc, avait fait unmariage mal assorti.