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ce que vous me disiez en partant : Fiez-vous à moi, je vous ré-ponds de tout? Je crains bien que vous n’observiez celle sanléque superficiellement. Si je reçois un mot de vous, comme jel’espère, je vous ferai une grande réparation.
2>>l. il madame de Grrignan.
A Pari», vendredi a© octobre >679.
Quoi ! vous pensez m’écrire de grandes lettres, sans me direun mot de votre santé! Je pense, ma chère enfant, que vousvous moquez de moi; pour vous punir, je vous avertis que j’aifait de ce silence tout le pis que j’ai pu; j’ai compris que vousaviez bien plus de mal aux jambes qu’à l’ordinaire, puisque vousne m’en disiez rien, et qu’assurément si vous vous fussiez unpeu mieux portée, vous eussiez été pressée de me le dire : voilàcomme j’ai raisonné. Mon Dieu, que j’étais heureuse quand j’é-tais en repos sur votre santé ! et qu’avais-je à me plaindre au-près des craintes que j’ai présentement? Ce n’est pas qu’à moiqui suis frappée des objets, et qui aime passionnément votrepersonne, la séparation ne soit un grand mal; mais la circon-stance de votre délicate sanlé est si sensible, qu’elle en effacel’autre. Mandez-moi désormais l’état où vous êtes, mais avecsincérité. Je vous ai mandé tout ce que je savais pour vos jam-bes; si vous ne les tenez chaudement, vous ne serez jamais sou-lagée : quand je pense à ces jambes nues deux ou trois heuresle malin pendant que vous écrivez; mon Dieu! ma chère, quecela est mauvais! Je verrai bien si vous avez soin de moi. Jeme purgerai lundi pour l’amour de vous ; il est vrai que le moispassé je ne pris qu’une pilule; j’admire que vous l’ayez sentie;je vous avertis que je n’ai aucun besoin de me purger; c’est àcause de cette eau, et pour vous ôter de peine. Je hais bien tou-tes ces fièvres qui sont autour de vous.
Le chevalier vous mande toutes les nouvelles; il en sait plusque moi, quoiqu’il soit un peu incommodé de son bras, et parconséquent assez souvent dans sa chambre. Je fus le voir hier,et le bel abbé; il me faut toujours quelque Grignan; sans cela ilme semble que je suis perdue. Vous savez comme M. de La Sallea acheté la charge de Tilladet; c’est bien cher de donner cinqcent mille francs pour être subalterne de M. de Marsillac : j’ai-merais mieux, ce me semble, les subalternes des charges deguerre. On parle fort du mariage de Bavière. Si l’on faisait deschevaliers (de l'ordre), ce serait une belle affaire; je vois biendes gens qui ne le croient pas. J’ai reçu une lettre de bien loin,que je vous garde ; elle est pleine de tout ce qu’il y a au mondede plus reconnaissant, et d’un tour admirable. Pour le pauvreCorbinelli, je ne sais point de cœur meilleur que le sien ; et pour