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LETTRES
madame de Vins, que j’avais laissée si fleurie, n’était pas re-connaissable ; je dis pas reconnaissable, une lièvre de quinzejours ne l’aurait pas tant changée : elle me parla de vous, et medit qu’elle était persuadée que vous sentiriez sa douleur et l’é-tat de M. de Pomponne; je l’en assurai. Nous parlâmes du con-ire-coup qu’elle ressentait de cette disgrâce ; il est épouvantable,et pour ses affaires, et pour l’agrément de sa vie et de son sé-jour, et pour la fortune de son mari ; elle voit tout cela biendouloureusement. M. de Pomponne n’était point en faveur ; maisil était en état d’obtenir de certaines choses ordinaires, qui fontpourtant l’établissement des gens : il y a bien des degrés au-dessous de la faveur des autres, qui font la fortune des particu-liers. C’était aussi une chose bien douce de se trouver naturelle-ment établie à la Cour : ô Dieu ! quel changement ! quel retran-chement ! quelle économie dans cette maison ! Huit enfants,n’avoir pas-eu le temps d’obtenir la moindre grâce ! Ils doiventtrente mille livres de rente ; voyez ce qui leur restera : ils vontse réduire tristement à Paris, à Pomponne. On dit que tant devoyages, et quelquefois des courriers qui attendaient, même ce-lui de Bavière qui était arrivé le vendredi, et que le roi attendaitimpatiemment, ont un peu attiré ce malheur. Mais vous com-prendrez aisément ces conduites de la Providence, quand voussaurez que c’est M. le président Colbert qui a la charge ; commeil est en Bavière, son frère la fait en attendant, et lui a écrit ense réjouissant, et pour le surprendre, comme si on s’était trompéau-dessus de la lettre : A monsieur, monsieur Colbert, ministreet secrétaire d’État. J'en ai fait mes compliments dans la maisonaffligée ; rien ne pouvait être mieux. Faites un peu de réflexionà toute la puissance de cette famille, et joignez les pays étran-gers à tout le reste ; et vous verrez que tout ce qui est de l’autrecôté, où l’on se marie l , ne vaut point cela. Ma pauvre enfant,voilà bien des détails et des circonstances ; mais il me semblequ’ils ne sont point désagréables dans ces sortes d’occasions : ilme semble que vous voulez toujours qu’on vous parle ; je n’aique trop parlé. Quand votre courrier viendra, je n’ai plus à leprésenter ; c’est encore un de mes chagrins de vous être désor-mais entièrement inutile : il est vrai que je l’étais déjà par ma-dame de Vins : mais on se ralliait ensemble. Enfin, ma fille, voilàqui est fait, voilà le monde. M. de Pomponne est plus capableque personne de soutenir ce malheur avec courage , avec rési-gnation et beaucoup de christianisme. Quand d’ailleurs on a usécomme lui de la fortune, on ne manque point d’être plaint dansl’adversité.
Encore faut-il, ma très-chère , que je vous dise un petit mot
* Du côté de M. de Louvols.