382
LKHItF.S
Voilà justement l'affaire. Mais il y a des contre-coups plaisantsdans cette disgrâce. Je disais que cela me faisait souvenir deSoyecourt: est-ce que je parle à toi* ? Vous entendez fort bientout ce que je dis et ne dis point. Enfin, il en faut revenir à laProvidence, dont M. de Pomponne est adorateur et disciple; etle moyen de vivre sans cette divine doctrine? Il faudrait se pen-dre vingt fois le jour; et encore avec tout cela on a bien de lapeine à s’en empêcher. En attendant vos lettres, ma très-chère,je n’ai pu me dispenser de causer un peu avec vous sur un sujetque je suis assurée qui vous tient au cœur.
Madame de Lesdiguiôres 5 a écrit à la mère Angélique de Port-Royal 5 , sœur de ce ministre: elle me montra la réponse qu’elleen avait reçue; je l’ai trouvée si belle que je l’ai copiée, et lavoilà. C’est la première fois que j’ai vu une religieuse parler etpenser en religieuse. J’en ai bien vu qui étaient agitées du ma-riage de leurs parentes, qui sont au désespoir que leurs niècesne soient point encore mariées, qui sont vindicatives, médi-santes, intéressées, prévenues; cela se trouve aisément: maisje n’en avais point encore vu qui fût véritablement et sincère-ment morte au monde. Jouissez, ma fille, du même plaisir quecelte rareté m’a donné. C’était la chère fille de M. d’Andilly, etdont il me disait : Comptez que tous mes frères, et tous mes en-fants, et moi, nous sommes des sots en comparaison d’Angélique.Jamais rien n’a été bon de ce qui est sorti de ce pays-là, quin’ait été corrigé et approuvé d’elle; toutes les langues et toutesles sciences lui sont infuses; enfin c’est un prodige, d’autantplus qu’elle est entrée à six ans en religion. Je refusai hier unecopie de sa lettre à Braneas, il en est indigné; et je lui dis :Avouez seulement que cela n’est pas trop mal écrit pour unehérétique. J’en ai vu encore plusieurs autres d’elle, et bien plusbelles, et bien plus justes : ceci est un billet écrit à course deplume. La mienne est bien en train de trotter.
J’ai été à cette noce de madame de Louvois; que vous dirai-je? magnificence, illumination, toute la France, habits rebattuset rebrochés d’or, pierreries, brasiers de feu et de fleurs, em-barras de carrosses, cris dans la rue, flambeaux allumés, recu-lements et gens roués; enfin le tourbillon, la dissipation, lesdemandes sans réponses, les compliments sans savoir ce quel’on dit, les civilités sans savoir à qui l’on parle, les pieds en-
* M. de Soyecourt étant couché dans la même chambre avec trois de ses amis,la fantaisie lut prit, pendant la nuit, de parler très-haut à l’un d’eux j un autre ,impatienté, s écrie : Eh ! morbleu! tuis-toi, tu m’empêches de dormir. — Est~ceque je parle à toi , lui répliqua Soyecourt.
a Paule-Françoise-Margucrite deGondi, duchesse de hcsdigtiières. .
3 La mère Angélique de Saint-,lean-Arnauld , abbesse de Notre-Dame de Porl-lloyal des Champs.