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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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Voilà justement l'affaire. Mais il y a des contre-coups plaisantsdans cette disgrâce. Je disais que cela me faisait souvenir deSoyecourt: est-ce que je parle à toi* ? Vous entendez fort bientout ce que je dis et ne dis point. Enfin, il en faut revenir à laProvidence, dont M. de Pomponne est adorateur et disciple; etle moyen de vivre sans cette divine doctrine? Il faudrait se pen-dre vingt fois le jour; et encore avec tout cela on a bien de lapeine à sen empêcher. En attendant vos lettres, ma très-chère,je nai pu me dispenser de causer un peu avec vous sur un sujetque je suis assurée qui vous tient au cœur.

Madame de Lesdiguiôres 5 a écrit à la mère Angélique de Port-Royal 5 , sœur de ce ministre: elle me montra la réponse quelleen avait reçue; je lai trouvée si belle que je lai copiée, et lavoilà. Cest la première fois que jai vu une religieuse parler etpenser en religieuse. Jen ai bien vu qui étaient agitées du ma-riage de leurs parentes, qui sont au désespoir que leurs niècesne soient point encore mariées, qui sont vindicatives, médi-santes, intéressées, prévenues; cela se trouve aisément: maisje nen avais point encore vu qui fût véritablement et sincère-ment morte au monde. Jouissez, ma fille, du même plaisir quecelte rareté ma donné. Cétait la chère fille de M. dAndilly, etdont il me disait : Comptez que tous mes frères, et tous mes en-fants, et moi, nous sommes des sots en comparaison dAngélique.Jamais rien na été bon de ce qui est sorti de ce pays-, quinait été corrigé et approuvé delle; toutes les langues et toutesles sciences lui sont infuses; enfin cest un prodige, dautantplus quelle est entrée à six ans en religion. Je refusai hier unecopie de sa lettre à Braneas, il en est indigné; et je lui dis :Avouez seulement que cela nest pas trop mal écrit pour unehérétique. Jen ai vu encore plusieurs autres delle, et bien plusbelles, et bien plus justes : ceci est un billet écrit à course deplume. La mienne est bien en train de trotter.

Jai été à cette noce de madame de Louvois; que vous dirai-je? magnificence, illumination, toute la France, habits rebattuset rebrochés dor, pierreries, brasiers de feu et de fleurs, em-barras de carrosses, cris dans la rue, flambeaux allumés, recu-lements et gens roués; enfin le tourbillon, la dissipation, lesdemandes sans réponses, les compliments sans savoir ce quelon dit, les civilités sans savoir à qui lon parle, les pieds en-

* M. de Soyecourt étant couché dans la même chambre avec trois de ses amis,la fantaisie lut prit, pendant la nuit, de parler très-haut à lun deux j un autre ,impatienté, s écrie : Eh ! morbleu! tuis-toi, tu mempêches de dormir. Est~ceque je parle à toi , lui répliqua Soyecourt.

a Paule-Françoise-Margucrite deGondi, duchesse de hcsdigtiières. .

3 La mère Angélique de Saint-,lean-Arnauld , abbesse de Notre-Dame de Porl-lloyal des Champs.