Buch 
Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
Entstehung
Seite
388
JPEG-Download
 

588

LETTRES

Vous trouvez, ce me semble, la Cour bien orageuse. Vousavez raison dêtre étonnée de madame de Soubise; personne nesait le vrai de cette disgrâce ; il ne paraît point que ce soit unevictime : elle a voulu une place que le roi la empêchée davoir :il y a bien à dire des épigrammes-dessus. Quand elle a vuque toute cette distinction était réduite à une augmentation depension, elle a parlé, elle sest plainte ; elle est venue à Paris ;jy viens, jy suis encore, etc . Il ne serait pas impossible de tour-ner la suite de ces vers. On ne la voit point du tout, ni frère, nisœur, ni tante, ni cousine : elle na que madame de Rochefortqui lui tient lieu de tout. On ne lui fera point dire ce quelle nedit pas , car elle est recluse. Cependant elle est très-bien servie-bas; elle espère quelle retournera bientôt. Il y a des gensqui croient quelle pourra se tromper : si cela est, il faudraqu'elle change de vie ; une plus longue retraite ne serait passoutenable. On ne voit pas non plus madame de Rochefort ; cestune belle femme de moins dans les fêtes qui se font pour lesgrandes noces.

Mademoiselle de Blois est donc madame la princesse de Conli:elle fut fiancée lundi en grande cérémonie , hier mariée , à laface du soleil, dans la chapelle de Saint - Germain : un grandfestin comme la veille : laprès-diner, une comédie, et le soircouchés, et leurs chemises données par le roi et par la reine. Sije vois quelquun avant que denvoyer cette lettre, qui soit re-venu delà Cour, je vous ferai une addition. Mais voyez commeil est bon de se tourmenter un peu pour avoir des places ; il estcertain que celles qui avaient été nommées pour dames dhon-neur de cette princesse avaient fait leurs diligences. Le hasardveut que madame de Buri 1 , qui est à cinquante lieues dici,tombe dans lesprit de madame Colbert ; elle la vue autrefois,elle en parle à M. de Lavardin son neveu, elle en parle au roi ;on trouve quelle est tout comme il faut ; on mande quelle aurasix mille francs dappointements, quelle entrera dans le car-rosse de la reine. On fait écrire le père Bourdaloue, qui est sonconfesseur ; car elle nest pas Janséniste comme madame deVibraye ; cest avec ce mot quon a supprimé celle-ci, quoi-quelle soit sous la direction de Saint-Sulpice, qui est, pour ludoctrine, comme celle des jésuites. Enfin le courrier part, et onlattend demain. Madame de Lavardin fait présent à madame deBuri dune robe noire ', dune jupe, dun mouchoir de point avecles manchettes, tout cela prêt à mettre. La Senneterre a eubeau tortiller autour du Bourdaloue ; point de nouvelles. Vousêtes étonnée que la presse soit si grande, vous nêtes pas la

Anne-Marie dUrre dÀiguebonne, veuve de François de ftostaing, comte defluri.