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LETTRES
Vous trouvez, ce me semble, la Cour bien orageuse. Vousavez raison d’être étonnée de madame de Soubise; personne nesait le vrai de cette disgrâce ; il ne paraît point que ce soit unevictime : elle a voulu une place que le roi l’a empêchée d’avoir :il y a bien à dire des épigrammes là-dessus. Quand elle a vuque toute cette distinction était réduite à une augmentation depension, elle a parlé, elle s’est plainte ; elle est venue à Paris ;j’y viens, j’y suis encore, etc . Il ne serait pas impossible de tour-ner la suite de ces vers. On ne la voit point du tout, ni frère, nisœur, ni tante, ni cousine : elle n’a que madame de Rochefortqui lui tient lieu de tout. On ne lui fera point dire ce qu’elle nedit pas , car elle est recluse. Cependant elle est très-bien servielà-bas; elle espère qu’elle retournera bientôt. Il y a des gensqui croient qu’elle pourra se tromper : si cela est, il faudraqu'elle change de vie ; une plus longue retraite ne serait passoutenable. On ne voit pas non plus madame de Rochefort ; c’estune belle femme de moins dans les fêtes qui se font pour lesgrandes noces.
Mademoiselle de Blois est donc madame la princesse de Conli:elle fut fiancée lundi en grande cérémonie , hier mariée , à laface du soleil, dans la chapelle de Saint - Germain : un grandfestin comme la veille : l’après-diner, une comédie, et le soircouchés, et leurs chemises données par le roi et par la reine. Sije vois quelqu’un avant que d’envoyer cette lettre, qui soit re-venu delà Cour, je vous ferai une addition. Mais voyez commeil est bon de se tourmenter un peu pour avoir des places ; il estcertain que celles qui avaient été nommées pour dames d’hon-neur de cette princesse avaient fait leurs diligences. Le hasardveut que madame de Buri 1 , qui est à cinquante lieues d’ici,tombe dans l’esprit de madame Colbert ; elle l’a vue autrefois,elle en parle à M. de Lavardin son neveu, elle en parle au roi ;on trouve qu’elle est tout comme il faut ; on mande qu’elle aurasix mille francs d’appointements, qu’elle entrera dans le car-rosse de la reine. On fait écrire le père Bourdaloue, qui est sonconfesseur ; car elle n’est pas Janséniste comme madame deVibraye ; c’est avec ce mot qu’on a supprimé celle-ci, quoi-qu’elle soit sous la direction de Saint-Sulpice, qui est, pour ludoctrine, comme celle des jésuites. Enfin le courrier part, et onl’attend demain. Madame de Lavardin fait présent à madame deBuri d’une robe noire ', d’une jupe, d’un mouchoir de point avecles manchettes, tout cela prêt à mettre. La Senneterre a eubeau tortiller autour du Bourdaloue ; point de nouvelles. Vousêtes étonnée que la presse soit si grande, vous n’êtes pas la
‘ Anne-Marie d’Urre d’Àiguebonne, veuve de François de ftostaing, comte defluri.