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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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DE MADAME DE SfVIGNÊ.

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ces petits secours, mon cher cousin. Je reçus votre dernièrelettre avant de partir de Bretagne : mais jétais si accablée daf-faires, que je remis à vous faire réponse ici. Nous apprîmeslautre jour la mort de M. de Seignelai 1 . Quelle jeunesse ! quellefortune ! quels établissements ! Rien ne manquait à son bonheur :il nous semble que cest la splendeur qui est morte. Ce qui nousa surpris, cest quon dit que madame de Seignelai renonce à lacommunauté, parce que son mari doit cinq millions. Cela fait voirque les grands revenus sont inutiles quand on en dépense deuxou trois fois autant. Enfin, mon cher cousin, la mort nous égaletous ; cest nous attendons les gens heureux. Elle rabat leurjoie et leur orgueil, et console par ceux qui ne sont pas for-tunés. Un petit mot de christianisme ne serait pas mauvais encet endroit ; mais je ne veux pas faire un sermon, je ne veuxfaire quune lettre damitié à mon cher cousin, lui demander deses nouvelles, de cèlles de sa chère fille, les embrasser tousdeux de tout mon cœur, les assurer de lestime et des servicesde madame de Grignan et de son époux qui men prient, et lesconjurer de maimer toujours : ce nest pas la peine de changeraprès tant dannées.

29G. A Itt. de Coulanges.

Lambesc, le i er décembre 1690.

en sommes-nous, mon aimable cousin? Il y a environmille ans que je nai reçu de vos lettres. Je vous ai écrit la der-nière fois des Rochers par madame de Chaulnes : depuis cela,pas un seul mot de vous. Il faut donc recommencer sur nou-veaux frais, présentement que je suis dans votre voisinage :que dites-vous de mon courage? il nest rien tel que den avoir.Après avoir été seize mois en Bretagne avec mon fils, jai trouvéque je devais aussi une visite à ma fille, sachant quelle nallaitpoint cet hiver à Paris ; et jai été si parfaitement bien reçuedelle et de M. de Grignan, que si jai eu quelque fatigue, jelai entièrement oubliée; et je nai senti que la joie et le plaisirde me trouver avec eux. Ce trajet na point été désapprouvé demadame de Chaulnes, ni de mesdames de Lavardin et de LaFayette, auxquelles je demande volontiers conseil ; de sorteque rien na manqué au bonheur ni à lagrément de ce voyage :vous y mettrez la dernière main en repassant par Grignan,nous allons vous attendre. Lassemblée de nos petits états estfinie; nous sommes ici seuls, en attendant que M. de Grignansoit en état daller à Grignan, et puis, sil se peut, à Paris. Il aété mené quatre ou cinq jours fort rudement de la colique et de

* Füs de Colbert; il mourut de langueur et dépuisement.