DE MADAME DE SÊVIGNÊ.
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de Villeroi, de Grignan? comment peut-on quitter un tel quartier?Pour moi, je renonce quasi à la déesse ; car le moyen d’accom-moder ce coin du monde tout écarté avec mon faubourg Saint-Germain 1 ? Au lieu de trouver, comme je faisais, cettejolie madame de Coulanges sous ma main, prendre du caféle matin avec elle, y courir après la messe, y revenir le soircomme chez soi ; enfin, mon pauvre cousin, ne m’en parlezpoint : je suis trop heureuse d’avoir quelques mois pour m’ac-coutumer à ce bizarre dérangement ; mais n’y avait-il point d’au-tre maison? et votre cabinet, où est-il?y retrouverons-nous tousnos tableaux? Enfin Dieu l’a voulu; car le moyen, sans cettepensée, de vouloir s’en taire? Il faut finir ce chapitre, mêmecette lettre.
J’ai trouvé Pauline tout aimable, et telle que vous me l’avezdépeinte. Mandez-moi bien de vos nouvelles ; je vous écris endétail, car nous aimons ce style, qui est celui de l’amitié. Jevous envoie cette lettre par M. de Montmort, intendant à Mar-seille, autrefois M. du Fargis, qui mangeait des tartelettes avecmes enfants; si vous le connaissez, vous savez que c’est un desplus jolis hommes du monde, le plus honnête, le plus poli, ai-mant à plaire et à faire plaisir, et d’une manière qui lui est par-ticulière; en un mot, il en sait assurément plus que les autressur ce sujet : je vous en ferai demeurer d’accord à Grignan, oùje vais vous attendre, mon cher cousin, avec une bonne amitiéet une véritable impatience.
297. A M. de Coulanges.
A Grignan, le io avril 1691.
Nous avons reçu une lettre, du 51 mars, de notre cher am-bassadeur; elle est venue en sept jours; cette diligence estagréable, mais ce qu’il nous mande l’est encore davantage ; onne peut écrire plus spirituellement. Ma fille prend le soin de luirépondre; et comme je la prie de lui envoyer le Saint-Esprit endiligence, non-seulement pour faire un pape *, mais pour finirpromptement toutes sortes d’affaires, afin de nous venir voir,elle m’assure qu’elle lui enverra la prise de Nice en cinq joursde tranchée ouverte, par M. deCatinat, et que cette nouvellefera le même effet pour nos bulles.
Mais parlons de votre affliction d’avoir perdu cet aimableménage 8 , qui a si bien célébré votre mérite en vers et en prose,tandis que vous avez si bien senti l’agrément de leur société. La
1 Où demeurait madame de La Fayette, qu'elle allait voir souvent.
8 Alexandre VIII était mort depuis deux mois et quelques jours.
9 Le duc et la duchesse de Nevers.