de madame de sévignê.
1565
d’Anci-le-Franc '; j’ai vu ce beau château, et une reine de Sicilesur une porte, dont M. de Noyon vient directement *. Je voustrouve trop heureux ; au sortir des dignités de M. le duc deChaulnes, vous entrez dans l’abondance et les richesses de ma-dame de Louvois ; suivez cette étoile si bienfaisante, tant qu’ellevous conduira. Je le demandais l’autre jour à madame de Cou-langes : elle m’a parlé de Caretle; ah ! quel fou !
Comment pourrons-nous passer de tout ceci, mon cher cou-sin , au maréchal d’Humières, le plus aimable, le plus aimé detous les courtisans. Il a dit à M. le curé de Versailles : Monsieur,vous voyez un homme qui s’en va mourir dans quatre heures, etqui n’a jamais pensé, ni à son salut, ni à ses affaires ; il disait bienvrai, et cette vérité est digne de beaucoup de réflexions : maisje quitte ce sérieux, pour vous demander, sur un autre ton sé-rieux, si je ne puis pas assurer ici madame de Louvois de mestrès-humbles services; elle est si honnête, qu’elle donne tou-jours envie de lui faire exercer cette qualité. Mandez-moi quiest de votre troupe, et me payez avec la monnaie dont vous vousservez présentement. Je suis aise que vous soyez plus près denous, sans que cela me donne plus d’espérance ; mais c’est tou-jours quelque chose. M. de Grignan est revenu à Marseille ; c’estsigne que nous l’aurons bientôt. La flotte qui est vers Barcelonefait mine de prendre bientôt le.parti que la saison lui conseille.Tout ce qui est ici vous aime et vous embrasse chacun au pro-rata de ce qui lui convient, et moi plus que tous. M. de Carcas-sonne est charmé de vos lettres.
501. A M. de Coulanges-
A Grignan , le a6 avril 1695.
Quand vous m’écrivez, mon aimable cousin, j’en ai une joiesensible ; vos lettres sont agréables comme vous ; on les lit avecun plaisir qui se répand partout; on aime à vous entendre, onvous approuve, on vous admire, chacun selon le degré de cha-leur qu’il a pour vous. Quand vous ne m’écrivez pas, je negronde point, je ne boude point; je dis : Mon cousin est dansquelque palais enchanté; mon cousin n’est point à lui ; on aurasans doute enlevé mon pauvre cousin; et j’attends avec pa-tience le retour de votre souvenir, sans jamais douter de votreamitié ; car le moyen que vous ne m’aimiez pas? c’est la pre-mière chose que vous avez faite quand vous avez commencéd’ouvrir les yeux; et c’est moi aussi qui ai commencé la modede vous aimer et de vous trouver aimable ; une amitié si bien
1 Château de madame de Louvois.
* Trait dirigé contre la vanité de M. de Clermont-Tonnerre , évêque de Noyon.