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Lettres Choisies de Mme de Sévigné a sa fille et a ses amis : précédées de l'éloge de Mme de Sévigné par Mme A. Tastu couronné par l'Académie française / et de l'extrait du rapport de M. Villemain
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LETTRES

11a-t-eUe pas eu toute sorte de maux? En attendant, mon cherenfant, jentre avec une tendresse infinie dans tous vos senti-ments, mais du fond de mon cœur. Vous me faites justice quandvous me dites que vous craignez de mattendrir, en me contantl'état de votre ame ; nen doutez pas, et que je ny sois infini-ment sensible. Jespère que cette réponse vous trouvera dans unétat plus tranquille et plus heureux. Vous me paraissez loin depenser à Paris pour notre marquise. Vous ne voyez que Bour-bon pour le printemps. Gonduisez-moi toujours dans tous vosdesseins, et ne me laissez rien ignorer de tout ce qui voustouche.

Rendez-moi compte dune lettre du 23 daoût et du 30. Il yavait aussi un billet pour Galois, que je priais M. Branjon depayer. Répondez-moi sur cet article. Il est marié, le bon Bran-jon; il mécrit, sur ce sujet, une fort jolie lettre. Mandez-moi sice mariage est aussi bon quil me le dit. Cest une parente detout le parlement et de M. dHarouïs. Expliquez-moi cela, monenfant. Je vous adressais aussi une lettre pour notre abbé Char-rier. Il sera bien fâché de ne plus vous trouver: et M. de Toulon !vous dites fort bien sur ce bœuf, cest à lui à le dompter, et àvous à demeurer ferme comme vous êtes. Renvoyez la lettre delabbé à Quimperlé.

Pour la santé de votre pauvre sœur, elle nest point du toutbonne. Ce nest plus de sa perte de sang, elle est passée ; maiselle ne se remet point, elle est toujours changée à nêtre pas re-connaissable, parce que son estomac ne se rétablit point, etquelle ne profite daucune nourriture; et cela vient du mauvaisétat de son foie, dont vous savez quil y a longtemps quelle seplaint. Ce mal est si capital, que, pour moi, jen suis dans unevéritable peine. On pourrait faire quelques remèdes à ce foie;mais ils sont contraires à la perte de sang, quon craint tou-jours qui ne revienne, et qui a causé le mauvais effet de cettepartie affligée. Ainsi ces deux maux, dont les remèdes sontcontraires, font un état qui fait beaucoup de pitié. On espèreque le temps rétablira ce désordre : je le souhaite ; et si ce bon-heur arrive, nous irons promptement à Paris. Voilà le pointnous en sommes, et quil faut démêler, et dont je vous instruiraitrès-fidèlement.

Celte langueur fait aussi quon ne parle point encore du re-tour des guerriers. Cependant je ne doute pas que laffaire 1 nese fasse ; elle est trop engagée : mais ce sera sans joie, et mêmesi nous allions à Paris, on partirait deux jours après, pour évi-

1 Le mariage de Pauline de Grignan avec le marquis de Simiane était convenu ;on n'attendait pour le célébrer que le retour du marquis, qui était à larmée.