DE MADAME DE SÊYIGNÉ. 369
1er l’air d’une noce et les visites, dont on ne veut recevoir au-cune: chat échaudé, etc.
Pour les chagrins de M. de Saint-Amand, dont il a fait grandbruit à Paris, ils étaient fondés sur ce que ma fille ayant vérita-blement prouvé, par des mémoires qu’elle nous a fait voir àtous, qu’elle avait payé à son fils neuf mille francs sur dix qu’ellelui a promis, et ne lui en ayant par conséquent envoyé que mille,M. de Saint-Amand a dit qu’on le trompait, qu’on voulait toutprendre sur lui, et qu’il ne donnerait plus rien du tout, ayant.donné les quinze mille francs du bien de sa fille (qu’il a payés àParis en fonds, et dont il a les terres qu’on lui a données et dé-laissées ici), et que c’était à M. le marquis à chercher son se-cours de ce côté-là. Vous jugez bien que quand ce eôlé-là a payé,cela peut jeter quelques petits chagrins ; mais cela s’est passé.M. de Saint-Amand a songé, en lui-même, qu’il ne lui serait pasbon d’ètre brouillé avec ma fille. Ainsi il est venu ici, plus douxqu’un mouton, ne demandant qu’à plaire et à ramener sa fille àParis ; ce qu’il a fait, quoiqu’en bonne justice elle dût nousattendre : mais l’avantage d’ètre logée, avec son mari, danscette belle maison de M. de Saint-Amand, d’y être bien meublée,bien nourrie pour rien, a fait consentir sans balancer à la lais-ser aller jouir de tous ces avantages; mais ce n’a pas été sanslarmes que nous l’avons vue partir, car elle est fort aimable, etelle était si fondue en pleurs en nous disant adieu, qu’il ne sem-blait pas que ce fût elle qui partît, pour aller commencer unevie agréable, au milieu de l’abondance. Elle avait pris beaucoupde goût à notre société. Elle partit le premier de ce mois avecson père.
Croyez, mon fils, qu’aucun Grignan n’a dessein de vous fairedes finesses, que vous êtes aimé de tous, et que si cette baga-telle avait été une chose curieuse, on aurait été persuadé quevous y auriez pris bien de l’intérêt, comme vous avez toujours fait.
M. de Grignan est encore à Marseille ; nous l’attendons bientôt,car la mer est libre ; et l’amiral Russel, qu’on ne voit plus, luidonnera la liberté de venir ici.
Je ferai chercher les deux petits écrits dont vous me parlez. Jeme fie fort à votre goût. Pour ces lettres à M. de La Trappe, cesont des livres qu’on ne saurait envoyer, quoique manuscrits.Je vous .les ferai lire à Paris, où j’espère toujours vous voir :car je sens mille fois plus l’amitié que j'ai pour vous, que vousne sentez celle que vous avez pour moi. C’est Tordre, et je nem’en plains pas.
Voilà une lettre de madame de Chaulnes, que je vous envoieentière, par confiance en votre sagesse. Vous vous justifierez deschoses où vous savez bien ce qu’il faut répondre, et vous ne fe-