Buch 
Bibliothèque universelle et revue suisse : No 111, mars 1905, Tome XXXVII
JPEG-Download
 

A LA RECHERCHE DU GENN-CHENN 55J

beaucoup plus directe que celle qu’ils avaient suivie pourvenir, mais elle présentait de grandes difficultés et sou-vent des obstacles presque insurmontables. Seuls deshommes aussi vigoureux, bien musclés et courageux queLonkhou, Ki-Sé et Li-Fou pouvaient se diriger et semaintenir au milieu d’un terrain semblable à une merchaotique dont les vagues tempétueuses auraient étésubitement pétrifiées. Ils avaient surtout de la peine àfranchir les pentes pierreuses entièrement couvertes d’épaisbuissons hérissés de gros piquants. Il fallait alors sefrayer un passage avec le couteau et la hache.

Heureusement, la taïga avait perdu beaucoup de sonombre et de son mystère, car plusieurs essences s’étaientdéjà dépouillées de leur feuillage. Le regard pénétraitplus profondément dans le fourré, glissant tantôt sur desplantes fantastiquement enchevêtrées, tantôt sur lestroncs des ormes et des hêtres majestueux, découvertscette fois de la racine à la cime. Les rayons du soleilse jouaient plus librement aussi dans la futaie, formantun jeu d’ombres nuancées. Entre le treillis des brancheson voyait le ciel bleu, qui tranchait violemment sur lesteintes ardentes des feuillages or et cramoisi.

Enfin les aventuriers sortirent sains et sauf de la taïga ;sur neuf qu’ils étaient au départ, ils revenaient trois.Us continuaient à marcher rapidement, évitant avecsoin de rencontrer les cosaques de l’Oussouri, qui nedédaignent pas à l’occasion de pourchasser les chercheursde genn-chenn.

En octobre, Li-Fou revit enfin la fansa familiale, et ilinvita Lonkhou à venir se reposer chez lui. Le chef dé-clina avec rudesse cette proposition.

— Non, non, dit-il, mais si tu veux, au printemps,je viendrai te reprendre pour une nouvelle expédition.