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Port-Royal / C.A. Sainte-Beuve
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LIVRE PREMIER.

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d’elle-même, l’un inachevé, de sa plume, les autres re-cueillis de sa bouche par M. Le Maître, qui la rame-nait souvent sur ce sujet et, dès qu’il était seul, écrivaittout fraîchement ce qu’elle avait dit. Durant la dernièremoitié de sa vie, on la traitait déjà comme une sainte,de qui il faudrait faire le procès un jour, pour la cano-niser; on se mettait d’avance en mesure, en assemblantles témoignages ; on lui faisait, en un mot, son dossierde sainte, de son vivant. On allait même jusqu’à déca-cheter, à son insu, les lettres qu’elle écrivait, et l’on entirait copie pour qu’elles ne fussent pas perdues; c’estainsi que nous est parvenue la plus grande partie de saCorrespondance avec la reine de Pologne. M. Le Maître,très-ardent à ces sortes de biographies, et dont c’était ladévotion , nous dit Du Fossé, de se faire raconter les cir-constances personnelles et les aventures spirituelles dechaque solitaire survenant, redoublait naturellement decette sorte de dévotion à l’égard de sa sainte tante.Ainsi rien ne nous manque sur elle ; on a la série noninterrompue de ses moindres actes et de ses pensées ;nous pouvons suivre les mouvements de la Grâce dansson cœur, comme si nous y étions h

1. Il fallut user d’un petit stratagème pour la décider à écrirela Relation commencée qu’on a d’elle (Mémoires tout à l’heurecités, tome 1 er , pag. 262 et suiv.). Elle disait souvent, quand onla mettait sur ce chapitre des premiers temps, qu’elle aurait eusujet de rédiger un livre de la Providence de Dieu, tant elle enavait fait d’expérience. Elle ajoutait qu’il lui prenait quelquefoisenvie d’écrire ce livre de la Providence, de peui qu’on ne vint àoublier, à laisser perdre dans la suite ces premières miséricordes.On la pressait alors extrêmement de s’y mettre et d’écrire; maiselle était au fond si ennemie de faire des livres (à la différence dela seconde mère Angélique de Saint-Jean, sa nièce, que nous ver-rons, comme dit Racine, plus naturellement scientifique), qu’ellerejetait bien vite et bien loin cette vague idée, qui n’avait guèreété, dans sa bouche, qu’une manière de dire. On eut alors recoursaux grands moyens, à M. Singlin, le directeur; et elle se décida