LIVRE PREMIER.
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prévenue avertît doucement le père et le détournât duvoyage. Mais, soit que madame Arnauld n'osât en parlerà son mari et ne crût pas la chose possible de la part desa fille, soit que lui-même, averti, n’en crût rien, il nefut pas tenu compte de cette lettre, et le 25 septembre(1609), le vendredi avant la Saint-Michel , M. Arnauldet sa famille durent arriver dans la matinée ; on l’avaitmandé à l’abbesse. Ge qu’elle éprouvait, à cette approche,d’anxiété, de bouleversement et de terreur, tout cœurchrétien et bien né peut se le représenter. Elle avaitveillé ; elle s’était préparée par la prière; quelques reli-gieuses, dépositaires de son secret, avaient fait de même :c’était comme une petite armée sous les armes quiattendait l’ennemi, un ennemi d’autant plus redoutablequ’il était plus tendre. Ges saints évêques qui, désarmésà la porte des villes, attendaient Alaric ou Attila, dontles chevaux déjà et les armes au loin se faisaient.entendre,ne devaient pas ressentir quelque chose de plus serré aucœur que la jeune Angélique prêtant l’oreille à la venuede son père. 11 arriva. Ge jour indiqué, sur l’heure dudîner, de dix à onze heures, les religieuses étant au réfec-toire, le bruit du carrosse, qui entrait dans la cour exté-rieure, s’entendit. Dans ce carrosse il y avait cinq per-sonnes, M. et madame Arnauld, M. d’Andilîy le filsaîné, alors dans sa vingt-et-unième année, madameLe Maître la fille aînée mariée, enfin une plus jeunesœur de quatorze à quinze ans, mademoiselle AnneArnauld. —Au premier bruit, chacune au dedans(de cellesqui étaient dans le secret) courut à son poste. Dès le ma-tin, les clefs avaient été retirées des mains des tourièrespar précaution et de peur de surprise, tout comme dans unassaut. La mère Angélique, qui s’était mise depuis quel-que temps à prier dans l’église, en sortit, et s’avançaseule vers la porte de clôture, à laquelle M. Arnauldheurtait déjà. Elle puvrit le guichet, Ge qui se passa