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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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VIE DE P. CORNEILLE.

iv

rent au-dessous de ce degré ; les bons esprits y atteignent,les excellents le passent, si on le peut passer. Un homme avec des talents est naturellement porté par son siècleau point de perfection ce siècle est arrivé ; léduca-tion quil a reçue, les exemples qu'il a devant les yeux,tout le conduit jusque- : mais, s il va plus loin, il naplus rien détranger qui le soutienne ; il ne sappuie quesur ses propres forces, il devient supérieur aux secoursdont il sest servi. Ainsi, deux auteurs, dont lun sur-passe extrêmement l'autre par la beauté de ses ouvrages,sont néanmoins égaux en mérite, sils se sont égalementélevés chacun au-dessus de son siècle. Il est vrai que luna été bien plus haut que lautre ; mais ce nest pas quilait eu plus de force, cest seulement quil a pris son voldun lieu plus élevé. Par la même raison, de deux au-teurs dont les ouvrages sont dune égale beauté , lunpeut être un homme fort médiocre, et lautre un géniesublime.

Pour juger de la beauté dun ouvrage, il suffit donc dele considérer en lui-même; mais, pour juger du méritede lauteur, il faut le comparer à son siècle. Les premièrespièces de Corneille, comme nous avons déjà dit, ne sontpas belles; mais tout autre quun génie extraordinaire neles eût pas faites. Mélite est divine si vous la lisez aprèsles pièces de Hardy, qui lont immédiatement précédée.Le théâtre y est sans comparaison mieux entendu, le dia-logue mieux tourné, les mouvements mieux conduits, lesscènes plus agréables; surtout, et cest ce que Hardynavoit jamais attrapé, il y règne un air assez noble, etla conversation des honnêtes gens ny est pas mal re-présentée. Jusque- on navoit guère connu que le co-mique le plus bas, ou un tragique assez plat; on futétonné dentendre une nouvelle langue.

Le jugement que lon porta de Mélite fut que cettepièce étoit trop simple, et avoit trop peu dévénements.Corneille, piqué de cette critique, fit Clitandre , et y sema