VIE DE P. CORNEILLE.
V
les incidents et les aventures avec une très vicieuse pro-fusion, plus pour censurer le goût du public que pour s’yaccommoder. Il paroît qu’après cela il lui fut permis derevenir à son naturel. La Galerie du Palais , la Veuve ,la Suivante, la Place Royale, sont plus raisonnables.
Nous voici dans le temps où le théâtre devint floris-sant par la faveur du cardinal de Richelieu. Les princeset les ministres n’ont qu’à commander qu’il se forme despoètes 1 , des peintres, tout ce qu’ils voudront, et il s’enforme. Il y a une infinité de génies de différentes espè-ces qui n’attendent pour se déclarer que leurs ordres, ouplutôt leurs grâces. La nature est toujours prête à servirleurs goûts.
On commença alors à étudier le théâtre des anciens,et à soupçonner qu’il pouvait avoir des règles. Celle desvingt-quatre heures fut une des premières dont on s’a-visa : maison n’en faisoit pas encore trop grand cas;témoin la manière dont Corneille lui-même en parle dansla préface de Clilandre, imprimée en 1632. « Que si j’ai« renfermé cette pièce, dit-il, dans la règle d’un jour, ce« n’est pas que 'je me repente de n’y avoir point mis« Mélile, ou que je me sois résolu à m’y attacher doré-« navant. Aujourd’hui quelques uns adorent cette règle,« beaucoup la méprisent; pour moi, j’ai voulu seule-« ment montrer que, si je m’en éloigne, ce n’est pas« faute de la connoître. »
Ne nous imaginons pas que le vrai soit victorieux dès
* C’est de quoi je doute beaucoup. Notre meilleur peintre , LePoussin, fut persécuté ; et les bienfaits prodigués aux académies ontlait tout au plus un ou deux bons peintres, qui avaient déjà donnéleurs chefs-d’œuvre avant d’être récompensés. Rameau avait fait tousses ouvrages de musique au milieu des plus grandes traverses ; et Cor-neille lui-même fut très peu encouragé. Homère vécut errant etpauvre ; le Tasse fut le plus malheureux des hommes de son temps ;Camoëns et Milton furent plus malheureux encore. Chapelain fut ré-compensé ; et je ne connais aucun homme de génie qui n’ait été per-sécuté. (V.)