VI
ME DE V. CORNEILLE.
qu’il se montre ; il l’est à la fin, mais il lui faut du tempspour soumettre les esprits. Les règles du poëme dra-matique , inconnues d’abord ou méprisées, quelquetemps après combattues, ensuite reçues à demi, et sousdes conditions, demeurent enfin maîtresses du théâtre.Mais l’époque de l’établissement de leur empire n’est,proprement qu’au temps de Cinna.
Une des plus grandesobligations que l’on ait à Corneilleest d’avoir purifié le théâtre. Il fut d’abord entraîné parl’usage établi, mais il y résista aussitôt après; et depuisClüandre , sa seconde pièce, on ne" trouve plus rien delicencieux, dans ses ouvrages.
Corneille , après avoir fait un essai de ses forces dansses six premières pièces, où il s’éleva déjà au-dessus deson siècle, prit tout à coup l’essor dans Medée, et montajusqu’au tragique le plus sublime. A la vérité il fut se-couru par Sénèque ; mais il ne laissa pas de faire voir cequ’il pouvoit par lui-même.
Ensuite il retomba dans la comédie ; et, si j’ose dire ce(jue j’en pense, la chute fut grande. L’Illusion comique,dont je parle ici, est une pièce irrégulière et bizarre, etqui n’excuse point par ses agréments, sa bizarrerie etson irrégularité. Il y domine un personnage de capitan,qui abat d’un souffle le grand Sophi de Perse et le grandMogol, et qui une fois en sa vie avoit empêché le soleilde se lever à son heure prescrite, pareequ’on no trouvoitpoint l’Aurore , qui éloit couchée avec ce merveilleuxbrave. Ces caractères ont été autrefois fort à la mode :mais qui représentoient-ils? à qui en vouloit-on? Est-cequ’il faut outrer nos folies jusqu'à ce point-là pour lesrendre plaisantes? En vérité, ce seroit nous faire tropd’honneur.
Après l'Illusion comique, CorneiWe'se releva plus grandet plus fort que jamais, et fit le Cid. Jamais pièce de théâ-tre n’eut un si grand succès. Je me souviens d’avoir vu enma vie un homme de guerre et un mathématicien qui, de