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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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VIE DE P. CORNEILLE.

IX

qui sont à la tète des comédies. De vient quil est re-gardé comme le père du théâtre françois. Il lui a donnéle premier une forme raisonnable ; il la porté à son plushaut point de perfection, et a laissé son secret à qui senpourra servir.

Avant que lon jouât Polyeucle, Corneille le lut à lhô-tel de Rambouillet, souverain tribunal des affaires des-prit en ce temps. La pièce y fut applaudie autant quele demandoient la bienséance et la grande réputation quelauteur avoit déjà. Mais, quelques jours après, Voiturevint trouver Corneille, et prit des tours fort délicats pourlui dire que Polyeucte navoit pas réussi comme il pen-soit, que surtout le christianisme avoit extrêmement dé-plu. Corneille, alarmé, voulut retirer la pièce dentre lesmains des comédiens qui lapprenoient ; mais enfin il laleur laissa sur la parole dun dentrè'eux qui ny jouoitpoint, parcequil étoit trop mauvais acteu/. Étoit-ce doncà ce comédien à juger mieux que tout lhôlel de Ram-bouillet?

Pompée suivit Polyeucle. Ensuite vint le Menteur,pièce comique, et presque 'entièrement prise de lespa-gnol, selon la coutume de ce temps-.

Quoique le Menteur soit très agréable, et quon lap-plaudisse encore aujourdhui sur le théâtre, javoue quela comédie nétoit point encore arrivée à sa perfection. Cequi dominoit dans les pièces, cétoit lintrigue et lesincidents, erreurs de nom, déguisements, lettres inter-ceptées, aventures nocturnes; et cest pourquoi on pre-noit presque tous les sujets chez les Espagnols, qui triom-phent sur ces matières. Ces pièces ne laissoient pas dêtrefort plaisantes et pleines desprit : témoin le Menteurdont nous parlons, Don Bertrand de Cigaral, le Geôlierde soi-même. Mais enfin la plus grande beauté de la co-médie étoit inconnue ; on ne songeoit point aux mœurs etaux caractères; on alloit chercher bien loin le ridiculedans des événements imaginés avec beaucoup de peine,