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VIE DE P. CORNEILLE,et on ne s’avisoit point de l’aller prendre dans le cœurhumain, où est sa principale habitation. Molière est lepremier qui Fait été chercher là, et celui qui l’a le mieuxmis en œuvre : homme inimitable, et à qui la comédiedoit autant que la tragédie à Corneille.
Comme le Menteur eut beaucoup de succès, Corneillelui donna une suile, mais qui ne réussit guère. Il en dé-couvre lui-même la raison dans les examens qu’il a faitsde ses pièces. Là il s’établit juge de ses propres ouvrages,et en parle avec un noble désintéressement, dont il tireen même temps le double fruit, et de prévenir l’envie surle mal qu’elle en pourvoit dire, et de se rendre lui-mêmecroyable sur le bien qu’il en dit.
A la Suite du Menteur succéda Rodogune. 11 a écritquelque part que, pour trouver la plus belle de ses piè-ces, il falloit choisir entre Rodogunc et Cinna ; et ceuxà qui il en a parlé ont démêlé sans beaucoup de peinequ’il étoit pour Rodogunc. Il ne m’appartient nullementde prononcer sur cela ; mais peut-être préféroit-il Ro-dogune , parcequ’elle lui avoit extrêmement coûté : ilfut plus d’un an à disposer le sujet. Peut-être vouloit-il,en mettant son affection de ce côté-là, balancer celle dupublic, qui paroît être de, l’autre. Pour moi, si j’ose ledire, je ne mettrois point le différend entre Rodogune etCinna : il me' paroît aisé de choisir entrailles, et jeconnois quelques pièces de Corneille que je ferois passerencore avant la plus belle des deux.
On apprendra dans les examens de P. Corneille, mieuxque l’on neferoit ici, l’histoire de Théodore,'à’Héraclim,de Don Sanche', d’Aragon , à’Andromède , de Nicomèdeet de Perlharüe. On y verra pourquoi Théodore et BoaSanche d’Aragon réussirent fort peu, et pourquoi Per-tharüc tomba absolument. On ne put souffrir dans Théo-dore la seule idée du péril delà prostitution ; et si le pu-blic étoit devenu si délicat, à qui Corneille devoit-il s’enprendre, qu’à lui-même? Avant lui, le viol réussissoit