VIE DE P. CORNEILLE. w
dans les pièces de Hardy. Il manqua à Don Sanche unsuffrage illustre , qui lui fit manquer tous ceux de lacour ; exemple assez commun de la soumission des Fran-çois à de certaines autorités. Enfin un mari qni veut ra-cheter sa femme en cédant un royaume fut encore sanscomparaison plus insupportable dans Pertharile, que laprostitution ne l’avoit été dans Théodore. Le bon marin’osa se montrer au public que deux fois. Cette chute dugrand Corneille peut être mise parmi les exemples les plusremarquables des vicissitudes du monde ; et Bélisairedemandant l’aumône n’est pas plus étonnant.
Il se dégoûta du théâtre, et déclara qu’il y renonçoitdans une petite préface assez chagrine qu’il mit au-de-vant de Pertharile. Il dit pour raison qu’il commence àvieillir, et cette raison n’est que trop bonne," surtoutquand il s’agit de poésie et des autres talents de l’imagi-nation. L’espèce d’esprit qui dépend de l’imagination, etc’est ce qu’on appelle communément esprit dans lemonde, ressemble <à la beauté, et ne subsiste qu’avec lajeunesse. Il est vrai que la vieillesse vient plus tard pourl’esprit ; mais elle vient. Les plus dangereuses qualitésqu’elle lui apporte sont la sécheresse et la dureté ; et ily a des esprits qui en sont naturellement plus suscepti-bles que d’autres, et qui donnent plus de prise aux ra-vages du temps : ce sont ceux qui avoient de la noblesse,de la grandeur, quelque chose de fier et d’austère. Cettesorte de caractère contracte aisément par les années je nesais quoi de sec et de dur. C’est à peu près ce qui arrivaà Corneille : il ne perdit pas en vieillissant l’inimitablenoblesse de son génie; mais il s’y mêla quelquefois unpeu de dureté. Il avoit poussé les grands sentiments aussiloin que la nature pouvoit souffrir qu’ils allassent; il com-mença de temps en temps à les pousser un peu plus loin.Ainsi dans Pertharile, une reine consent à épouser untyran qu’elle déteste, pourvu qu’il égorge un fils uniquequ’elle a, et que par cette action il se rende aussi odieux