XIX YiE DE P. CORNEILLE,
qu’elle souhaite qu’il le soit. 11 est aisé de voir que cesentiment, au lieu d’être noble, n’est que dur, et il nefaut pas trouver mauvais que le public ne l’ait pas goûté.
Après PerUiarite, Corneille, rebuté du théâtre, entre-prit la traduction en vers de Y Imitation de Jcsus-Chrisl.11 y fut porté par des pères jésuites de ses amis, par dessentiments de piété qu’il eut toute sa vie, et peut-êtreaussi par l’activité de son génie qui ne pouvoit demeureroisif. Cet ouvrage eut un succès prodigieux, et le dé-dommagea en toutes manières d’avoir quitté le théâtre.Cependant, si j’ose en parler avec une liberté que je nedevrais peut-être pas me permettre, je ne trouve point,dans la traduction de Corneille le plus grand charme deVImitation, de Jésus-Christ , je veux dire sa simplicitéet sa] naïveté. Elle se perd dans la pompe des vers quiétoit natui'elle à Corneille, et je crois même qu’absolu-mentla forme de vers lui est contraire. Ce livre, le plusbeau qui soit parti de la main d’un homme, puisquel’Évangile n’en vient pas, n’iroit pas droit au cœurcomme il fait, et ne s’en saisirait pas avec tant de force,s’il n’avoil un air naturel et tendre, à quoi la négligencemême du style aide beaucoup.
11 se passa six ans pendant lesquels il ne parut deCorneille que YImitation en vers. Mais enfin, sollicité parM. Fouquet, et peut-être encore plus poussé par son pen-chant naturel, il se rengagea au théâtre. M. le surinten-dant, pour lui faciliter ce retour et lui ôter toutes les ex-cuses que lui aurait pu fournir la difficulté de trouver dessujets, lui en proposa trois. Celui qu’il prit fut OEdipe :Thomas Corneille, son frère, prit Camma, qui étoit le se-cond. Je ne sais quel fut le troisième.
La réconciliation de Corneille et du théâtre fut heu-reuse : OEdipe réussit fort bien.
La Toison d’Or fut faite ensuite à l’occasion du ma-riage du roi; et c’est la plus belle pièce à machines quenous ayons. Les machines, qui sont ordinairement étran-