VIE DE P. CORNEILLE.
XIII
gères à la pièce, deviennent par l’art du poète nécessai-res à celle-là ; et surtout le prologue doit servir de mo-dèle aux prologues à la moderne, qui sont faits pour ex-poser, non pas le sujet de la pièce, mais l’occasion pourlaquelle elle a été faite.
Eusuite parurent Sertorius et Sophonisbe. Dans lapremière de ces deux pièces, la grandeur romaine éclateavec toute sa pompe ; et l’idée qu’on pourroit se formerde la conversation de deux grands hommes qui ont degrands intérêtsàdémêler estencoresurpasséeparlascènede Pompée et de Sertorius. 11 semble que Corneille ait eudes mémoires particuliers sur les Romains. Sophonisbeavoit déjà été traitée par Mairet avec beaucoup de suc-cès; et Corneille avoue qu’il se trouvoit bien hardi d’o-ser la traiter de nouveau. Si Mairet avoit joui decet aveu,il en auroit été fort glorieux, même étant vaincu.
Il faut croire qu’ Agésilas est de P. Corneille, puisqueson nom y est, et qu’il y a une scène d’Agésilas et deLysander qui ne pourroit pas facilement être d’un autre.
Après Agésilas vint Olhon ', ouvrage où Tacite estmisen œuvre par le grand Corneille, et où se sont unis deuxgénies si sublimes. Corneille y a peint la corruption dela cour des empereurs du même pinceau dont il avoitpeint les vertus de la république.
En ce temps-là des pièces d’un caractère fort différentdes siennes parurent avec éclat sur le théâtre : ellesétoient pleines de tendresse et de sentiments aimables.Si elles n’alloient pas jusqu’aux beautés sublimes, ellesétoient bien éloignées de tomber dans des [défauts cho-quants. Une élévation qui n’étoit pas du premier degré,beaucoup d’amour, un style très agréable et d’une élé-gance qui ne se démentoit jamais, une infinité de traitsvifs et naturels, un jeune auteur : voilà ce qu’il falloit
i M. de Fonteneïïe se trompe. Agésilas est postérieur de près dedeux ans à Olhon. (Les frères Parfait, t. ix, p. 322.)