XVI
VIE DE P. CORNEILLE,leine, et plusieurs autres petites pièces de M. de Santeul.11 estimoit extrêmement ces deux poètes. Lui-même i'ai-soit fort bien des vers latins ; et il en lit sur la campagnede Flandre en 1667, qui parurent si beaux, que non-seulement plusieurs personnes les mirent en françois,mais que les meilleurs poètes latins en prirent l’idée, etles mirent encore en latin. Il avoit traduit sa premièrescène de Pompée en vers du style de Sénèque le tragique,pour lequel il n’avoit pas d’aversjon, non plus que pourLucain. Il falloit aussi qu’il n’en eût pas pour Stace.fort inférieur à Lucain, puisqu’il en a traduit en vers etpublié les deux premiers livres de la Thébaïde. Ils ontéchappé à toutes les recherches qu’on a faites depuis untemps pour en retrouver quelque exemplaire.
Corneille étoit assez grand et assez plein, l’air fortsimple et fort commun, toujours négligé, et peu curieuxde son extérieur. Il avoit le visage assez agréable, ungrand nez, la bouche belle, les yeux pleins de feu, laphysionomie vive, des traits fort marqués, et propres àêtre transmis à la postérité dans une médaille ou dansun buste. Sa prononciation n’étoit pas tout à fait nette ;il lisoit ses vers avec force, mais sans grâce.
Il savoit les belles-lettres, l’histoire, la politique; maisil les prenoit principalement du côté qu’elles ont rap-port au théâtre. Il n’avoit pour toutes les autres con-.noissances ni loisir, ni curiosité, ni beaucoup d’estime.Il parloit peu, même sur la matière qu’il entendoit siparfaitement. Il n’ornoit pas ce qu’il disoit; et pourtrouver le grand Corneille, il le falloit lire.
Il étoit mélancolique; il lui falloit des sujets plus so-lides pour espérer et pour se réjouir que pour se cha-griner ou pour craindre. Il avoit l’humeur brusque, etquelquefois rude en apparence : au fond, il étoit trèsaisé à vivre, bon mari, bon parent, tendre et plein d’a-mitié. Son tempérament le portoit assez à l’amour, maisjamais au libertinage, et rarement aux grands attache-