SUPPLÉMENT
A LA VIE DE CORNEILLE.
A voir M. de Corneille, on ne l’auroit pas cru capablede faire si bien parler les Grecs et les Romains, et dedonner un si grand relief aux sentiments et aux penséesdes héros. La première fois que je le vis, je le pris pourun marchand de Rouen. Son extérieur n’avoit rien quiparlât pour son esprit ; et sa conversation étoit si pesante,qu’elle devenoit à charge dès qu’elle duroit un peu. Unegrande princesse , qui avoit désiré le voir et l’entre-tenir, disoit qu’il ne falloit point l’écouter ailleurs qu’àl’hôtel de Bourgogne. Certainement M. de Corneille senégligeoit trop, ou, pour mieux dire, la nature, qui luiavoit été si libérale en des choses extraordinaires l’avoitcomme oublié dans les plus communes. Quand ses fami-liers amis, qui auroient souhaité de le voir parfait entout, lui faisoient remarquer ses légers défauts, il sou-rioit, et disoit : Je n’en suis pas moins pour cela PierreCorneille. Il n’a jamais parlé bien correctement la languel'rançoise ; peut-être ne se mettoit-il pas en peine decette exactitude.
Quand il avoit composé un ouvrage, il le lisoit à ma-dame de Fontanelle, sa sœur, qui en pouvoit bien juger.Cette dame avoit l’esprit fort juste ; et, si la nature s’é-toit avisée d’en faire un troisième Corneille, ce derniern’auroit pas moins brillé que les deux autres : mais elledevoit être ce quelle a été pour donner à ses frères unneveu, digne héritier de leur mérite et de leur gloire.
Les premières pièces de théâtre de M. de Corneille ontété plus heureuses que parfaites ; les dernières ont étéplus parfaites qu’heureuses ; et celles du milieu ont mérité