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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE I, SCÈNE II.

Kt vois comme il se trouble au nom de son vainqueur,Comme il le reconnolt.

LEONOU.

Pardonnez-moi, madame,

Si je sors du respect pour blâmer cette flamme.

Une grande princesse à ce point s’oublierOne d'admettre en son cœur un simple cavalier!

Et que diroit le roi, que diroit la Castille?

Vous souvient-il encor de qui vous êtes fille?

l’infante.

Il m’en souvient si bien que j’épandrai mon sang,Avant que je m’abaisse à démentir mon rang.

Je le répondrais bien que dans les belles ainesCe seul mérite a droit de produire des flammes;

El, si ina passion cberclioit à s’excuser,

Mille exemples fameux pourraient l’autoriser :

Mais je n’en veux point suivre où ma gloire s’engage;Ira surprise des sens n’abat point mon courage;

Et je me dis toujours qu’étant fille de roi,

Tout autre qu'un monarque est indigne de moi.

Quand je vis que mon cœur ne se pouvoit défendre,Moi-même je donnai ce que je n’osois prendre.

Je mis, au lieu de moi, Chimène en ses liens,

Et j’allumai leurs feux pour éteindre les miens.

Ne t'étonne donc plus si mon ame gênéeAvec impatience attend leur hyinénée;

Tu vois que mon repos en dépend aujourd’hui.

Si l’amour vit d’espoir, il péril avec lui;

C’est uu feu qui s’éteint faute de nourriture;

Et, malgré la rigueur de ma triste aventure,

Si Chimène a jamais Rodrigue pour mari,

Mon espérance est morte, et mon esprit guéri.

Je souffre cependant un tourment incroyable.Jusques à cet hymen Rodrigue in’est aimable :

Je travaille à le perdre, et le perds à regret;

Et de là prend son cours mon déplaisir secret.

Je vois avec chagrin que l’amour me contraigneA pousser des soupirs pour ce que je dédaigne;

Je sens en deux partis mon esprit divisé.

Si mon courage est liant, mon cœur est embrasé.