ô6 LE CIO.
Oe ne respirer pas un moment après toi.
Adieu; sors, et surtout garde bien qu’on te voie.
EI.VIBIÎ.
Madame, quelques maux que le ciel nous envoie...
CHIMÈNE.
Ne m’importune plus, laisse-moi soupirer.
Je cherche le silence et la nuit pour pleurer.
SCÈNE Y 1 .
D. DIÈGLE.
Jamais nous ne goûtons de parfaite allégresse :
Nos plus heureux succès sont mêlés de tristesse;
Toujours quelques soucis en ces événementsTroublent la pureté de nos contentements.
Au milieu du bonheur mon ame en sent l’atteinte;
Je nage dans la joie, et je tremble de crainte.
J’ai vu mort l’ennemi qui m’a voit outragé;
Et je ne saurois voir la main qui m’a vengé.
En vain je m’y travaille, et d’un soin inutile,
Tout cassé que je suis, je cours toute la ville :
Ce peu que mes vieux ans m’ont laissé de vigueurSe consume sans fruit à chercher ce vainqueur.
î Quoique chez les étrangers, pour qui principalement ces remarquessont faites, on ne soit pas encore parvenu à l’art de lier toutes lesscènes, cependant y a-t-il un lecteur qui ne soit choqué de voir Chi-mène s’en alier d’un côté, Rodrigue de l’autre, et don Diègue arriversans les voir?
Observez que, quand le cœur a été ému par les passions des deuxpremiers personnages, et qu’un troisième vient parler de lui-même, iltouche peu, surtout quand il rompt le fil du discours.
Nous venons d’entendre Chimène dans sa maison : mais où estmaintenant don Diègue? Ce n’est pas assurément dans cette maison.Le spectateur ne peut se figurer ce qu’il voit ; et c’est là un très granddéfaut pour notre nation, qui veut partout, de la vraisemblance, de lasuite, de la liaison ; qui exige que toutes les scènes soient naturelle-ment amenées les unes par les autres; mérite inconnu sur tous lesautres théâtres, et mérite absolument nécessaire pour la perfection de.l'art. (Y.)