ACTE III, SCÈNE VI.
A toute heure, en tous lieux, dans une nuit si sombre,Je pense l’embrasser, et n’embrasse qu’une ombre;
Et mon amour, déçu par cet objet trompeur,
Se forme des soupçons qui redoublent ma peur.
Je ne découvre point de marques de sa fuite;
Je crains du comte mort les amis et la suite;
Ucuv nombre m’épouvante, et confond ma raison.Rodrigue ne vit plus, ou respire en prison.
Justes deux! me trompé-je encore à l’apparence!
Ou si je vois enfin mon unique espérance !
(Test lui, n’en doutons plus; mes vœux sont exaucés,Ma crainte est dissipée, et mes ennuis cessés.
SCÈNE VI.
D. DIÈGUE, D. RODRIGUE.
D. DIÈGUE.
Rodrigue, enfin le ciel permet que je te voie!
D. RODRIGUE.
Hélas !
D. DIÈGUE.
Ne mêle point de soupirs à ma joie;baisse-moi prendre haleine afin de te louer.
Ma valeur n’a point lieu de te désavouer ;
Tu l’as bien imitée, et ton illustre audaceFait bien revivre en toi les héros de ma race :
C’est d’eux que tu descends, c’est de moi que tu viens;Ton premier coup d’épée égale tous les miens :
Et d’une belle ardeur ta jeunesse animéei’ar cette grande épreuve atteint ma renommée.
Appui de ma vieillesse, et comble de mon heur,
Touche ces cheveux blancs à qui tu rends l’honneur,l iens baiser cette joue, et reconnois la place(b'i fut empreint l'affront que ton courage efface.
D. RODRIGUE.
1 .'honneur vous en est dû, je ne pouvois pas moins,Étant sorti de vous et nourri par vos soins.
Je m’en tiens trop heureux, et mon ame est ravie