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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE IV, SCÈNE V.

69

SCÈNE Y.

D. FERNAND, D. DIÈGUE, D. ARIAS, D. SANCHE,D. ALONSE, CHIMÈNE, ELVIRE.

D. FEI1NAND.

Enfin soyez contente,

Chimène, le succès répond à votre attente ASi de nos ennemis Rodrigue a le dessus,il est mort à nos yeux des coups qu’il a reçus;

Rendez grâces au ciel, qui vous en a vengée.

(à D. Diègue.)

Voyez comme déjà sa couleur est changée.

D. DIÈGUE.

Mais voyez qu’elle pâme, et d’un amour parfait,

Dans cette pâmoison, sire, admirez l’effet.

Sa douleur a trahi les secrets de son ame,

Et ne vous permet plus de douter de sa flamme.

CHIMÈNE.

Ouoi ! Rodrigue est donc mort ?

D. FERNAND.

Non, non, il voit le jour,

Et te conserve encore un immuable amour :

Calme cette douleur qui pour lui s'intéresse.

CHIMÈNE.

Sire, ou pâme de joie, ainsi que de tristesse 1 2 :

Un excès de plaisir nous rend tout languissants;

Et, quand il surprend l’ame, il accable les sens.

D. FERNAND.

Tu veux qu’en ta faveur nous croyions l’impossible?Chimène, ta douleur a paru trop visible.

1 Cette petite ruse du roi est prise de l’auteur espagnol : l’Académiene la condamne pas. C’est apparemment le titre de tragi-comédie quila disposait à cette indulgence; car ce moyen paraît aujourd’hui peudigne de la noblesse du tragique. (Y.)

2 On ne dit pas pâmer, évanouir ; on dit se pâmer, s’évanouir . Cettedéfaite de Chimène est comique, et fait rire. La faute est de l’origi-nal; mais ses termes sont plus convenables. ("V.)