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Chefs-D'Œuvres dramatiques de P. Corneille : Avec les notes de tous les commentateurs
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ACTE I, SCÈNE I. m

Ne trouve point d'absent aimable après deux ans.

Mais excusez l’ardeur d’une amour fraternelle;

Le soin que j’ai de lui me fait craindre tout d’elle :

Je forme des soupçons d’un trop léger sujet*.

Près d’un jour si funeste on change peu d’objet.

Les âmes rarement sont de nouveau blessées;

Et dans un si grand trouble on a d’autres pensées :

Mais on n’a pas aussi de si doux entretiens,

Ni de contentements qui soient pareils aux siens 1 2 .

JULIE.

Les causes, comme à vous, m’en semblent fort obscures.

Je ne me satisfais d’aucunes conjectures.

C’est assez de constance en un si grand dangerQue de le voir, l’attendre, et ne point s’affliger ;

Mais certes c’en est trop d’aller jusqu’à la joie.

SABINE.

Voyez qu’un bon génie à propos nous l’envoie 3 .

Essayez sur ce point à la faire parler 4 5 ;

Elle vous aime assez pour ne vous rien celer.

Je vous laisse. Ma sœur, entretenez Julie 3 :

1 Ces mots font voir que l’auteur sentait que Sabine a tort; mais ilvalait mieux supprimer ces soupçons de Sabine que vouloir les jus-tifier, puisque en effet Sabine semble se contredire en prétendant queCamille a sans doute quitté son frère, et en disant ensuite que lesâmes sont rarement blessées de nouveau. Tout cet examen du sujetde la joie de Camille n’est nullement héroïque. (V.)

2 Mais on n’a'pas aussi de si doux entretiens,

Ni de contentements qui soient pareils aux siens,

sont de la comédie de ce temps-là. L’art de dire noblement les petiteschoses n’était pas encore trouvé. (V.)

3 Ce tour a vieilli : c’est un malheur pour la langue ; il est vif etnaturel, et mérite, je crois, d’être imité. (Y.)

4 On essaie de, on s’essaie à. Ce vers d’ailleurs est trop comique. (Y.)Corneille pouvoit également employer le de sans nuire à son vers.

L’usage apparemment permettoit alors l’un et l’autre. Ce vers n’estpas trop comique, il est trop familier. {P.)

5 Ma sœur, entretenez Julie,

est encore de la comédie ; mais il y a ici un plus grand défaut, c’estqu’il semble que Camille vienne sans aucun intérêt, et seulementpour faire conversation. La tragédie ne permet pas qu’un personnage